La Chronique Psy 1 : Appliquer les fondamentaux de la psychanalyse à l’éducation

Posté le 15 janvier 2021

 

Pourquoi je me forcerai ?

 

 

Comment être parents pour accompagner son enfant à grandir.

 

Je vais proposer dans le cadre de ce blog une série de tutoriaux qui se positionneront comme des guides proposant des repères et des réflexions, afin de permettre aux couples et aux parents de se retrouver dans les dédales de conseils qui leur sont prodigués, et œuvrant parfois de façon contradictoire.

 

J’ai dans les articles précédents montré comment se construit le psychisme humain et cela dès l’apparition de la vie, combien toutes les rencontres, les apprentissages façonnent organisent notre psychisme de façon incontournable.

 

L’homme est présenté comme un animal socialisé, mais en est-il sociable pour autant ? Toutefois assurément il doit évoluer dans une société à travers et grâce à des codes comportementaux. Le terme sociable est issu du latin sociabilis de sociare qui veut dire « associer, mettre ensemble ». Cela signifie pour l’homme d’être capable de vivre paisiblement avec ses semblables, d’aimer la compagnie des autres, et d’être capable de relations humaines aimables ».

 

Savoir vivre ensemble c’est notamment ce qui est affecté au rôle de l’éducation, et qui va permettre à l’enfant de se construire. Pour introduire la réflexion, je veux évoquer un vieux débat qui est devenu maintenant totalement succédané et obsolette, à savoir cette fausse question qui est :

 

 Doit-on élever ou éduquer ses enfants ?

 

Fausse question de rhétorique qui remonte aux années 70, ou sous le primat de nombreuses théories libertaires, il était considéré qu’utiliser le terme élever, était comme une injure faite aux enfants, car on n’élève pas des enfants comme on peut élever du bétail. Il a donc été préféré par ces cérébraux de service de préférer le terme éduquer. Ce terme éduquer vient du latin et signifie « hors de » et qui ainsi supposerait apporter un plus grand respect à l’enfant. Intention objectivement très positive puisque cette époque sous l ‘élan d’ailleurs des apports multiples de la psychanalyse, a permis de faire passer l’enfant de son statut d’objet « les gosses, les gamins » à celui de sujet, à savoir un être identifié, comme porteur d’un prénom et capable de raisonnement et de choix qui seront bien sûr à pondérer, en fonction de son âge, et donc de sa faculté de discernement.

 

Passer de : L’enfant objet à enfant sujet.

 

Or dans notre nos sociétés occidentales dans lesquelles l’enfant est devenu sacralisé, il est passé directement d’enfant objet à enfant roi ! Or celui-ci est magnifié et adulé et nous sommes ainsi bien évidemment passé d’un excès à l’autre.

 

Et pour en rester aux significations linguales élever ne signifie-t-il pas avant tout « hisser vers le haut » ? Et cela doit bien être aujourd’hui l’objectif de tous les parents dans cette société devenue encore plus complexe, que d’apporter à chaque enfant les meilleurs remèdes possibles, pour le faire grandir et se développer. Cela doit d’ailleurs être opératif dans tous les domaines, autant le développement physique, intellectuel, social, et cela afin d’optimiser les devenir physique, psychique, moteur, intellectuel, affectif et relationnel. Mais ne nous y trompons pas, de tout temps que ce soit dans nos sociétés urbaines, dans les territoires les plus éloignés, et quelques soient les communautés, on élève ses enfants autant qu’on les éduque.

 

Je développerai néanmoins dans un autre article quelques nuances sur ce postulat, notamment en revenant sur cette notion de Surmoi collectif auquel nul ne peut échapper.

 

Nous devons élever nos enfants autant que nous devons les éduquer

 

Hisser nos enfants vers le haut, est la mission indispensable de tous parents, et cela s’inscrit tout naturellement dans cette phylogenèse, qui est cette force qui anime la vie par la reproduction de l’espèce, et à laquelle nul ne peut échapper. Ainsi depuis la nuit des temps que la vie est présente les individus, les espèces disparaissent pour se reproduire à l’identique.

 

A l’identique ? Pas vraiment car avec de nombreuses nuances sont observables depuis cette préhistoire du vivant, à savoir que les espèces précédentes végétales, animales et humaines s’adaptant des améliorations apparaissent.

 

Ceci nous pouvons le retrouver dans le tableau orthogénique que j’ai exposé dans l’article : Le Surmoi qui est individuel et collectif. Ainsi de générations en générations notre humanité chemine. Évoquer ici les débats de la bêtise de l’homme qui court à sa propre perte n’a pas véritablement de sens dans un développent que se veut phylogéniste uniquement. J’en profite à ce propos de rappeler que ce tuto s’adresse aux situations les plus normatives, celles des plus grandes normalités à savoir d’un enfant issu d’un père et d’une mère, et qui à priori ont décidé d’être parent.

 

Il existe bien sûr d’autres situations de tous types et singularités, mais qui ne rentrent pas dans le cadre d’un raisonnement générique, que j’aborderai dans d’autres chapitres. Ceux-ci méritent également des points d’observation et de réflexion que les différentes cliniques permettront de mieux appréhender.

 

Tout ceci pour expliquer que de la façon la plus évidente, qu’il semble naturel d’éviter à nos enfants de reproduire des erreurs que nous avons commis. Celles-ci peuvent être prévisibles et qui seraient à peu près similaires aux nôtres. J’expose ce point très important et singulier à ce stade, car j’ai rencontré parfois des analysants qui soit avaient subis soit faisaient subir à leurs enfants ces déboires.

 

Ceci peut être illustré de la façon suivante et très facilement. Certains parents considèrent, d’une façon absolument infondée qu’ils se sont soi-disant réalisés tous seuls et qu’il doit en être de même pour leurs enfants. Ainsi les exposer le plus tôt aux épreuves de la vie afin qu’ils fassent eux-mêmes leurs armes. Combien de catastrophes cela a pu générer, car laisser l’enfant seul face à ses choix est d’une affligeante irresponsabilité. Combien de fois autour de nous n’entendons-nous pas dire « mon enfant est très mature, il est autonome », combien de générations de principes d’autogestion mal intégrés ont ainsi détruit leurs enfants. Je ne peux développer plus dans cet article, mais combien avons-nous pu observer d’enfants de proches, ou d’amis qui réussissent à se hisser grosso modo jusqu’au lycée et ensuite s’estimant en capacité à voler de leurs propres ailes, vont d’échec en échec, de catastrophes en catastrophes. Leurs parents légitiment ces échecs et surtout leurs propre abandon et défaillance, expliquant que leurs enfants n’ont pas eu de chance, et que c’est la faute à la société qui ne laisse pas la chance aux enfants !

 

Ainsi il est intéressant d’observer que de très nombreuses personnes transfèrent systématiquement à l’état et à la société la responsabilité de leurs erreurs personnelles. Et cela très souvent sous l’égide de principes éducatifs d’une autre époque, mais surtout utopistes, car ils n’ont jamais fonctionnés. Cela concerne ces deux principes que sont le matriciels et l’ithyphallique, que l’on oppose systématiquement, mais qui en réalité sont des complémentaires indispensables pour l’harmonie de l’enfant.

 

Témoignage d’Amandine 38 ans

 

J’ai de nombreux témoignages de vies abîmées, illustrés par de trop nombreuses cliniques, comme celui d’Amandine 38 ans. Sans dérouler trop l’anamnèse d’Amandine ,nous pourrons simplement dire que celle-ci est venue en consultation suite à une série d’échecs malheureusement de toutes natures,  sentimentaux et, professionnels avec  un état dépressif très marqué générant de terrains anxiogènes.

 

Il ne s’agit pas de dérouler dans cet article le cheminement accompli dans le cadre de sa thérapie PAR, mais de relever l’expression condensée de quelques séances dans lesquelles elle hurlait sa douleur :

 

« Merci pour tout maman tu m’as toujours dit oui, toujours dit que j’avais raison, que papa ne comprenait rien , que les profs étaient des abrutis. Lorsque j’ai raté mon bac, après des années de petits boulots,  alors que j’allais être reçue à l’école de beaux-arts tu m‘as dit que j’avais raison de ne rien préparer au lieu de m’encourager, et maintenant que j’ai tout raté, heureusement grâce à des amis j’ai pu trouver ce travail de serveuse ..mais j’aurais pu très mal tourner, j’ai failli même me  clochardiser, si tu savais toutes les galères que j’ai subies,  et que n’ai jamais pu t’avouer, car tu es drapé dans ta posture de mère idéale, d’institutrice modèle. Et toi qui critiquait en douce ton institution de peur d’être mal notée, j’avais des signes pourtant du décalage entre tes discours et ta vie, notamment quand tu as trouvé que papa n’était pas à la hauteur et que tu l’as sorti de ta vue et des nôtres également. Je n’aurai jamais dû suivre tes bons conseils !! Tu dis avoir tout fait pour que ses enfants s’expriment, regardes le résultat, regardes moi, regarde mon frère, regarde ma sœur !! » 

 

Bien sûr que cette description un tantinet mélodramatique, mais elle est l’expression de très nombreuses situations dont nous sommes les témoins impuissants dans nos cabinets, et sur lesquels nous travaillons à récupérer tout ce qui est resté en jachère dans ces histoires. Des témoignages de cette nature il y en a de très nombreux.

 

L’enfant et la règle.

 

N’oublions jamais qu’il est 1000 fois plus facile de dire oui à un enfant que de lui dire non, et d’expliquer notamment les raisons pour lesquelles cela n’est pas possible. Et puis au-delà du fait que cela satisfasse l’ego du parent, nous sommes devant des degrés d’immaturité et n’oublions pas que nous projetons sur nos enfants nos faiblesses, rêves et propres œdipe.

 

Dans les prochaines Chroniques Psy, j’expliquerai pourquoi et comment construire le cadre indispensable qui au niveau psychanalytique est celui constitutif du Surmoi.

 

Pour en savoir plus : mon dernier livre

  • Articles récents