Une parole deviendra un ordre, ou un conseil… à choisir – Partie 3

Posté le 15 août 2021

La puissance de l’imaginaire dans l’acte éducatif

 

 

 

Cette série d’article s’intitule « une parole deviendra un ordre, ou un conseil… à choisir. », dans la partie une, nous avons vu que la rêverie était comme un univers en expansion, un souffle de parfums. Cette expression est tellement réaliste notamment par cette allégorie du souffle de parfum, que c’est bien assurément une très belle représentation de l’Imaginaire, cette capacité mentale universelle que tous les hommes possèdent, indépendamment des cultures et races, profondément ancrée en eux, et qui permet le développement narratif.

 

Nous avons également observé comment identifier ces deux activités en apparence similaire que sont la rêverie et la rêvasserie, comparant ainsi la réelle force du rêve qui permet par un mécanisme d’analogie au psychisme d’activer ces territoires cognitifs que l’imaginaire autorise.

 

Puisque nos enfants utilisent en permanence leur capacité imaginative, c’est cette faculté éducative que je propose aux parents d’appréhender, afin que leur parole soit autant que possible, un conseil, un accompagnement plutôt qu’un ordre.

 

Psychanalyse PAR et pédagogie

 

La finalité in extenso de ces trois chapitres est de repositionner le rôle de la psychanalyse dans le champ de la pédagogie, en rejoignant pleinement les réflexions initiales développées, qui positionnaient très clairement la place et le rôle de la psychanalyse dans l’éducation des enfants mais qui ont vite été abandonnées pour des raisons mal définies.

 

Freud a longtemps évoqué la thèse, mais sans vraiment la développer, que l’éducation avait pour mission la prévention des névroses. Nous savons pour rappel qu’il rangeait l’éducation parmi les trois professions impossibles que sont pour lui : gouverner, éduquer, et soigner.

 

Le but de toute éducation est de permettre le développement le plus harmonieux de la personnalité de l’enfant. La psychanalyse, à la différence des autres disciplines comme la psychologie, la pédopsychiatrie, les neurosciences ou les sciences de l’éducation, propose des outils de lecture et de compréhension véritablement opérationnels sur le plan clinique, s’appuyant sur toute une théorie de la construction de la personnalité, cela nous le retrouvons au travers de nombreux outils comme les topiques, les stades ou autres.

 

Alors pourquoi avoir oublié de les utiliser ?

 

J’ai à travers la création de la PAR la volonté de proposer un cadre philosophique, méthodologique, porté par des Process affinés afin que l’action thérapeutique soit véritablement efficace. Dans l’ensemble de la littérature psychanalytique finalement peu de travaux depuis Freud, dépeignent le travail d’observation et de pratique auprès des enfants, citons néanmoins Mélanie Klein qui a développé de nombreuses pistes permettant de comprendre la construction de leur personnalité.

 

Ces articles présentent des pistes et des outils reposant sur des principes génériques de ces fondamentaux psychanalytiques, mais qui sont de nos jours peu exploités dans ces domaines de l’éducation. L’idée générale actuellement étant de trouver des réponses ou solutions, des « trucs » le plus rapidement, et cela principalement auprès des thérapies en vogue, tout cela porté principalement par les médias.

 

L’éducation a pour but de soumettre l’ensemble des pulsions de l’enfant à des fins socialement conformes. 

 

A ces fins, tout éducateur doit alors veiller à ne pas laisser libre cours à développer par le cadre ou sa propre attitude, une répression excessive qui risque de mener à la voie névrotique ou perverse, ou encore de provoquer le refoulement d’une appétence à apprendre, et de ce fait une extinction de la curiosité intellectuelle. Il s’agit pour l’éducateur de trouver les justes attitudes qui devront s’appuyer essentiellement sur le bon sens, c’est à dire sur cette capacité d’adaptation peu souvent développée et exploitée qui consiste à trouver les dispositions les plus harmonieuses, qui pourront s’accorder aux circonstances dans lesquelles l’acte éducatif se déroule.

 

Il est important de préciser à ce propos qu’en matière d’éducation il ne s’agit pas de décrire un acte forcément isolé, mais de dépeindre la globalité d’une attitude, car en ce qui concerne les parents, les moments de partage avec les enfants sont multiples, du réveil au coucher, et dans ce contexte tout acte, parole, ou toute attitude, font sens. 

 

J’ai développé dans l’article : « Appliquer les fondamentaux de la psychanalyse à l’éducation » cette réflexion : Doit-on élever ou éduquer ses enfants ?

 

Nous l’avons vu il s’agit d’une fausse question de rhétorique qui remonte aux années 70, ou sous le primat de nombreuses théories libertaires, il était considéré qu’utiliser le terme élever, était comme une injure faite aux enfants, car on n’élève pas des enfants comme on peut élever du bétail. Il a donc été préféré par ces cérébraux de service de préférer le terme éduquer. Ce terme éduquer vient du latin et signifie « hors de » et qui ainsi supposerait apporter un plus grand respect à l’enfant. Intention objectivement très positive puisque cette époque sous l ‘élan d’ailleurs des apports multiples de la psychanalyse, a permis de faire passer l’enfant de son statut d’objet « les gosses, les gamins » à celui de sujet, à savoir un être identifié, comme porteur d’un prénom et capable de raisonnement et de choix qui seront bien sûr à pondérer, en fonction de son âge, et donc de sa faculté de discernement.

 

Passer de l’enfant objet à l’enfant sujet, mais éviter de créer l’enfant roi.

 

La psychanalyse s’appuie sur l’unicité, la singularité de l’individu, son originalité qui font que chaque être est unique, et nous savons que les enfants d’une même fratrie n’ont pas les mêmes parents, ils ont des référents communs bien sûr, mais en présence des mêmes situations vécues ensemble, la clinique constate que les vécus sont différents et parfois radicalement opposés.

 

Très rapidement et toujours en utilisant la seconde topique freudienne, nous savons que le Moi est le capitaine entre le Surmoi et le Ça, également que le but de l’éducation est de permettre le développement le plus harmonieux de celui-ci. La psychanalyse ne peut que dénoncer les abus d’une morale qui va jusqu’à interdire la pensée. Je l’ai d’ailleurs énoncé dans le chapitre un de cette série, c’est notamment grâce au développement de l’imaginaire que cela est possible. Alors que la fonction du rabâchage est un emprisonnement empêchant l’enfant de penser par lui-même.

 

Nous observons que des injonctions, des prières de tous genres enfoncées à coup de coin dans la tête de l’enfant n’ont pas d’autres résultats que dans faire un être soumis et faible ne disposant que d’un espace minimum de libre arbitre. Même si l’intention de l’éducateur n’est pas de cette nature. Certes celui-ci pourra être indigné, révolté mais uniquement dans l’espace d’échelle de valeur qui lui aura été imposé.

 

Que nous le voulions ou pas l’éducation a pour but la transformation de la sexualité infantile pour ainsi soumettre la pulsion sexuelle à des fins socialement conformes. C’est bien le rôle principal des éducateurs et principalement des parents que d’apprendre à l’enfant à savoir gérer ses frustrations.

 

Considérer à nouveau l’éducation comme prophylaxie des névroses.

 

Déjà Freud avait assigné à l’éducation la tâche de permettre la domination de principe de plaisir par le principe de réalité. Cela se caractérise par le fait que l’enfant doit apprendre à supporter une certaine dose de déplaisir, principalement par le renoncement aux satisfactions pulsionnelles immédiates. Il s’agit d’une forme de mécanisme de sublimation, le renoncement d’une pulsion en vue d’un autre plaisir, l’amour comme récompense en étant la base.

 

Cela introduit une nouvelle dimension qui est l’essentiel même du processus éducatif, qui repositionne pleinement l’éducateur au centre de la démarche.

 

Il est faussement admis que ce mécanisme échapperait aux éducateurs, dans la mesure où ces mécanismes sont régis par des motivations inconscientes et se conforment aux propre Surmoi de l’enfant. C’est bien justement dans ce glissement que l’éducateur doit exister pleinement afin de permettre à l’enfant à sublimer son désir pulsionnel en désir secondaire. Il s’agit d’une démarche transitionnelle dans laquelle l’éducateur peut agir de différentes manières pour permettre à l’enfant de découvrir ce mécanisme puis de le maitriser.

 

Freud conscient de cet acte pédagogique des éducateurs avait même émis des 1911 l’idée que les éducateurs reçoivent une formation psychanalytique, c’est ainsi qu’il avait introduit la notion de l’idéal du Moi. Je reviendrai sur cette dimension qui partage des similitudes avec ce que je nomme le Moi intime. Cet idéal du Moi est fort justement associé au lien traditionnellement attribué primitivement au rôle dédié au père. Pour rappel, mais cela je le définirai à nouveau, néanmoins nous en trouvons des traces dans mes écrits, il existe bien une psyché masculine et une psyché féminine. Tous les psys sont unanimes pour reconnaitre que le rapport de la psyché au corps, le soma est une clef indispensable pour le développement de l’enfant, d’ailleurs combien de pédopsychiatres observent des enfants en décalage entre leur psyché et leur corps, d’ailleurs la psychologie parle bien de maturité intellectuelle et/ou corporelle.

 

Je renvoie à mon article sur le banquet dans lequel cela est développé, car il existe une complémentarité des psyché masculines et féminines, cet assemblage incontournable de l’organisation de la vie dans ce cadre de la phylogenèse. L’homme ne peut ni allaiter ni enfanter et à partir de là les structures psychologiques féminines et masculines présentent de fait des complémentarités, qui sont naturellement et légitimement associées à l’obligation de chaque psyché à s’approprier au mieux les fonctionnalités corporelles. Cela nous le retrouvons à travers les différentes cultures et civilisations et le Yin et Yang des asiatiques en est bien une affirmation.

 

Pour en revenir à cette conception psychanalytique il faut introduire à nouveau ce que Freud nomme l’idéal du Moi, mais que je vais développer au croisement du concept que je développe sous l’appellation du Moi intime, le but ultime de l’éducation étant de contribuer à cette formation du Moi intime.

 

De fait les éducateurs notamment extérieurs que sont les différents intervenants, sont investis dans la relation affective qui est celle primitivement adressée au père.

 

Je vais dans la suite de l’article préciser ce que Freud avait pressenti, à savoir que l’éducation avait pour mission la prévention des névroses, et ainsi proposer un axe supplémentaire qui est introduit dans la PAR grâce au concept de mitoyenneté, ce qui sera l’occasion d’en préciser les fonctionnalités également.

 

Il est important de réaffirmer que l’essentiel du processus éducatif se joue au sein de la relation parent/enfant, et de fait le rôle de l’ensemble des autres éducateurs s’en trouve limité. Il est important d’ailleurs que celui-ci le soit, car nous ne sommes pas en autocratie et ce qui fait la richesse de nos sociétés c’est toujours, et encore la diversité et les singularités. Tout uniformiser par un enseignement de la totalité des apprentissages ressemblerait à l’organisation des dictatures.

 

Il faut ainsi mettre en garde les éducateurs autant que les analystes contre l’orgueil et l’idéal qu’ils voudraient inculquer ou incarner ; car l’enfant ne devient adulte que lorsqu’il s’est détaché de tous les substituts de pères et que nul ne peut plus venir occuper pour lui la place de l’Idéal. Les substituts de mère doivent être également liquidés, car ce sont eux qui maintiennent l’enfant dans la dépendance affective, dans l’autosuffisance et donc dans le narcissisme primaire, ils empêchent l’enfant à considérer son autonomie comme indispensable et vitale. C’est cette forme éducative dans laquelle la prépondérance de répondre à toute demande, désirs, ou besoins soi-disant évalué de l’enfant sera systématiquement satisfaite. Nous savons que cela va créer des êtres immatures, non autonomes, mais s’estimant légitimes dans leurs demandes.

 

Ce sont les fameux enfants rois : 

 

« Je veux, donc je dois avoir, car il est légitime que l’on réponde à mon besoin ! »

 

Nous savons que cela s’oppose à ce que la psychanalyse propose comme postulat à savoir : considérer l’éducation comme prophylaxie des névroses, et comment éviter les névroses si nous n’apprenons pas à l’enfant à maitriser l’ensemble de ses pulsions à des fins socialement conformes, par ce que l’éducation sous différentes formes lui apportera.

 

Depuis plusieurs décennies nous assistons à l’ascension de cette génération qui approche déjà la cinquantaine d’années, et dont malheureusement certains présentant ces pathologies exercent des responsabilités, ce qui peut poser de réels problèmes sur leur réelle capacité à décider. Cette génération porte des pathologies qui ne sont pas de même nature que celles précédentes, et nous constatons une régression sociale et sociétale à ce niveau.

 

L’éducation doit permettre à l’enfant de renoncer à l’illusion pour faire place à la réalité, le fameux concept de « principe de plaisir et de réalité », ce n’est pas parce que je veux que je peux avoir, le rôle de l’éducateur est d’apprendre à l’enfant grâce à la maitrise du refoulement à contrôler ses pulsions de toutes natures afin de pouvoir affronter la réalité.

 

L’enfant ne choisit pas, et parfois la réalité de ses quotidiens est rude, et son système d’adaptation va très vite se mobiliser. Nous allons voir comment pour un enfant évoluant dans un environnement lambda il est intéressant et véritablement important d’intégrer la notion d’imaginaire.

 

Réalité     Imaginaire    Illusion : C’est bien la particularité et l’usage de l’imaginaire qui vont permettre l’enfant à s’approprier la réalité, passant ainsi progressivement de l’illusion au monde du réel.

 

Freud souhaitait d’ailleurs que l’éducation renonce à s’appuyer sur l’illusion et fasse place à la réalité (la nécessité, la vérité), qu’elle cesse d’accorder la primauté au narcissisme et à l’idéalisation jusqu’alors utilisées et renforcées comme principal soutien d’une éducation qui vise à supprimer les pulsions sexuelles jugées gênantes. C’est ainsi qu’il est important d’intégrer la place et le rôle de l’imaginaire, qui est une fonction transitionnelle dans laquelle le désir primitif exprimé par la pulsion et ses déclinaisons sont dérivés en une autre activité de nature sublimatoire. L’accès à l’imaginaire y aide en rendant la fonction de renoncement possible par cette dérivée.

 

La notion de mitoyenneté.

 

J’ai fait apparaitre ce concept de mitoyenneté très rapidement, expliquant qu’il s’agissait d’un cheminement logique allant de l’alliance thérapeutique que nous retrouvons dans les accompagnements médicaux et que Freud introduit dès le départ, qui a évolué dans le cadre de l’évolution de la psychanalyse active en concept d’alliance, mais dont le champ d’action était toujours mal défini, et que j’ai fait évoluer en concept de mitoyenneté.

 

Pour en illustrer le sens, et la signification, il est intéressant de citer Bossuet : « Cette attache intime que nous avons à nous-mêmes, c’est la ligne de séparation, c’est la paroi mitoyenne entre tous les cœurs, c’est ce qui fait que chacun de nous se renferme tout entier dans ses intérêts »

 

J’en redévelopperai simplement dans cet article, que l’idée de ce concept de mitoyenneté adaptée à l’activité du psychanalyste fait intégrer la notion de liant et de complicité, dans lesquels personne n’est dupe, chacun dans les jeux de rôles réciproques en action, mais que je développerai dans d’autres articles.

 

Ce concept de mitoyenneté apparait très tôt dans mes propositions de définition pour ce qui caractérise l’activité du psychanalyste, mais c’est l’intégration de ce concept qui a permis de définir en quoi consistait cette activité dans l’ensemble de la démarche.

 

Nous y faisons apparaitre ainsi la notion de liant, qui au final est une des caractéristiques de la PAR, que nous y retrouverons sous différentes formes. J’avais fait apparaitre également cette notion dans mon article « Le couple est une entité, une … » dans lequel j’avais développé la notion de liant, expliquant que la réalité d’un couple est ce nouvel espace qui est défini pratiquement comme un non-sens mathématique : l’expression de cette somme 1+1=3. 

 

Car pour définir cette notion de communauté et de nouvelle entité, le couple pouvant être raisonné comme une identité, c’est bien la plus-value que l’un apporte à l’autre qui définit cette augmentation du capital individuel de base. Le couple est cette somme augmentée des deux potentialités. 

 

Pour parvenir à cette drôle d’équation c’est bien le liant qui intercède en ce sens.

 

Les dictionnaires nous disent du liant, caractère de ce qui est : Accueillant, souple, engageant, sociable avenant, aimable, familier.

 

Aimer s’apprend ou est simplement naturel ?

 

Les relations sentimentales et amoureuses ne sont pas spontanément naturelles, et sont même très complexes, le sentiment amoureux est même souvent considéré comme névrotique par une certaine littérature psychanalytique. Ce n’est pas l’objet de développer cette idée dans cet article, en revanche de montrer que les relations entre parents et enfants sont assujetties à la même mécanique.

 

L’affection entre parent et enfant repose naturellement sur les sentiments de filiation mais doit permettre à l’enfant de se sentir aimé par des attitudes du quotidien, par des petits mots qui se font en règle générale naturellement, mais qui doivent être utilisés à bon escient. Ces moments de partages créent ce fameux liant qui fait que le parent n’est pas exclusivement un inconnu pour l’enfant, mais apparaitra comme un complice, présent à partager tous les élans d’affect dans lesquels l’enfant se trouvera.

 

Aussi paradoxal que cela puisse être il est très fréquent que je reçoive à mon cabinet des personnes dont les relations avec les parents étaient réduites aux acquêts, aux « PPMC », l’adulte ne se souciant pas des états d’âme de son chérubin, allant jusqu’à ignorer, très commodément d’ailleurs cette fonctionnalité, pensant que le seul fait d’assurer le gite et le couvert étaient suffisants en soi.

 

Il est encore fréquent de nos jours d’entendre de nombreux parents, dans certains milieux, dire « je me suis fait tout seul », il en sera donc de même pour leurs enfants, qui devront subir cette posture, position d’ailleurs bien pratique qui permet de se dédouaner de tout souci éducatif. Ce sont d’ailleurs les mêmes adultes qui diront mon enfant est très mature pour son âge, ce qui leur permet au passage, de se dédouaner tout autant de leur responsabilité parentale.

 

Il est malheureux de contester que ces années bourrées de l’entrisme du gauchisme de toute espèce, favorisent principalement, dans les milieux qui se disent éclairés, cette forte propension qui est de laisser l’enfant se démener, sous excuse de lui donner le sens des responsabilités, et de ne pas être un fils ou une fille de.  

 

Je développerai cela dans un autre article, mais cette imposture nous conduit à nouveau sur le glissement de l’enfant objet, à l’enfant sujet, puis à l’enfant roi, et dans lequel nous verrons comment et combien ces discours gauchistes ont pollué l’éducation et l’apprentissage des enfants.

 

Pour en revenir à notre sujet, lorsque l’enfant évolue dans ce climat de bienveillance crée par cette pédagogie éducative que porte le liant, c’est à ce moment, dans cet espace qu’il va nous livrer son intime, comme par le fait de nous livrer, ses rêves, pouvant même nous en demander le sens, également ses dessins, et nous invitant à partager avec lui identiquement ses moments de jeux, que ce soit dans sa chambre ou à l’extérieur.

 

L’adulte a bien sûr le choix du pédagogique.

 

  • Soit il ne considère pas que cela fasse partie de son environnement et laissera l’enfant seul face à ses rêveries, et se positionnant à distance n’autorisera pas cette expression du liant, et apparaitra comme un élément extérieur au système de l’enfant.

 

  • Soit l’adulte considère que sa place, son rôle éducatif dans le cadre de son autorité parentale est d’en faire légitimement partie, et c’est là où le liant se crée et l’enfant sait pour le vivre que cet autre qui est là est une partie de lui dans ce moment de partage.

 

Pour en reprendre des concepts psychanalytiques : ainsi l’adulte passe de ce concept de grand Autre à celui de complice. L’enfant concède à l’adulte une partie de lui et peut donc s’autoriser à dire, à exprimer le plus intime de ses pensées.

 

Le jardin secret doit il exister ?

 

Cette question qui s’impose par le fait de se demander jusqu’où nous pouvons nous immiscer dans l’intime de notre enfant est de fait hors sol, car la réponse est binaire.

 

Nous pouvons dire que communément le jardin secret est le domaine réservé des sentiments, ou des pensées intimes que l’on souhaite garder pour soi et en soi. Cela peut avoir un certain sens dans le cadre d’un couple, mais cette notion de secret est à utiliser avec parcimonie et savoir où nous plaçons le curseur qui va déterminer le moment de ce qui relève du secret.

 

Néanmoins dans le cadre d’un couple, nous pouvons considérer, qu’un fantasme encore tabou pour l’autre, les souvenirs d’expériences passées, comme un premier amour, des secrets concernant nos proches, des blessures profondes pourront, surtout des comparaisons avec nos ex notamment sur les performances de l’intime, tout cela pourrait théoriquement en faire partie.

 

Mais dire que ce jardin serait notre secret notre refuge, et que de ne pas tout dire, est une fin en soi est une aberration, il faut tendre à ce que ce jardin occupe la plus petite partie de notre esprit, pour le plus rapidement disparaitre.

 

Il est évident qu’au démarrage il ne faut pas tout dire, mais au fur et à mesure que cette nouvelle communauté se créé, cette notion jardin secret devrait se confondre dans cette métaphore du 3. Car les tabous les plus intimes doivent pourvoir être partagées. D’ailleurs il est intéressant d’observer que ce jardin secret est plus facile à accepter pour soi que pour le partenaire. Et si le jardin secret devait exister cela voudrait dire que nous serions dans une association de divers intérêts communs, mais pas dans un vrai couple.

 

Ces montages peuvent exister fréquemment dans des mariages de raisons, et de nécessités, qui peuvent avoir de l’intérêt pour l’un et l’autre dans certains contextes.

 

Mais un couple fait grandir chaque conjoint par cette notion de communauté et de partage qui permet ce cheminement en apprenant à s’évaluer encore plus que le célibat ne l’oblige. Simplement par ces questions auxquelles un célibataire ne se trouve pas confronté, comme actuellement : que fait mon conjoint, que ressent-il, que pense-t’il de ma réflexion, de ma demande, etc.

 

Cette mécanique du liant qui est définit par ce qui peut être souple, engageant, sociable avenant, aimable, familier, se retrouve dans le quotidien par le simple fait de signifier l’attention et l’affection sans qu’il y ait nécessité d’une obligation. Ce moment qui est savoir émettre pour soi la simple pensée de l’autre dans son environnement précède et favorise l’idée de liant. Car cela active ce concept de communauté.

 

Relier n’est pas écrouer, ainsi pratiquer du liant fait sortir de l’égoïsme forcené que certains célibats cultivent, car cela force notre esprit à grandir dans une vision plus large, que le simple soi, en intégrant l’autre, son environnement, et l’activité qu’il génère.

 

Fonction parentale et liant.

 

Poser le cadre pour protéger l’enfant de lui-même, puis de l’extérieur et des autres est une des priorités. Apprendre à l’enfant à savoir gérer ses frustrations est un des axes essentiels. Pour y parvenir l’un des bras armés et de savoir développer la notion de complicité.

 

C’est uniquement dans ces conditions que nous pourrons amener l’enfant à se révéler comme à travers de multiples activités d’éveils. Mais nombreux sont les parents qui procèdent à l’inverse, pensant que l’activité d’éveil est l’unique émancipatrice, car celle-ci pratiquée trop dynamiquement, est au contraire une cause de dissolution pour l’enfant, par le trop de dispersion apportée. Mais cette caractéristique de dispersion n’apparaitra pas réellement avant la puberté, révélant ainsi des personnalités qui pourront devenir hésitantes ou souvent confuses. Les difficultés à prendre des décisions seront des caractéristiques majeures, et ces individus aurons des difficultés à trouver leurs réels centres d’intérêts passant d’un butinage à un autre, en s’éparpillant dans de multiples idées.

 

Comment procéder.

 

Il ne s’agit pas de rédiger ici un manuel d’apprentissage mais de dresser quelques grandes lignes parmi les principes éducatifs que je vais à nouveau dépeindre s’appuyant sur des éléments de compréhension de la construction de la personnalité de l’enfant.

 

Nous le savons enfant joue pratiquement dès les premières semaines, tout s’y prête, et il nous invite très vite dans ses jeux, nous livrant ainsi à travers cette activité, très spontanément et très tôt ses désirs, ses peurs, ses réflexions. Nous savons qu’à chaque âge, avec le psychisme se structurant correspondent des propensions plus ou moins marquées, et il sera intéressant de croiser les activités de l’enfant en fonction justement de ces caractéristiques, pour savoir quel mode opératoire utiliser.

 

Il est difficile d’échapper à cette complicité nécessaire.

 

Être le complice de son enfant, cette opération est à effectuer constamment à tous les âges du développement de l’enfant, mais il est indispensable dès le plus jeune âge de développer cette nouvelle fonction que celle d’apparaitre également comme un partenaire. Cela notamment lors de la période du stade oral, phase où la fonction d’incorporation est très active. Pour rappel ce mécanisme permet d’incorporer un ou plusieurs éléments dans un tout. Cette démarche va permettre à l’adulte de se partitionner différemment dans le système de l’enfant, en rajoutant un axe de participation ludique. Il doit se rajouter aux fonctions précédentes, qui sont principalement d’assurer « le toit et le logis », cette nouvelle dimension de proximité.

 

Il faut bien sûr effectuer un distinguo avec le fait que l’enfant bien sûr reconnait ses parents et d’ailleurs ne peut exister sans eux, dans la fonction parentale, mais ce nouveau mécanisme permet également de faire apparaitre les parents comme étant des éléments faisant partie de lui dans et par l’imaginaire, et non simplement des éléments extérieurs à lui, et ainsi apparaitre encore non menaçants.

 

Puis ce mécanisme permettra l’introjection des images parentales, ce qui est un mécanisme beaucoup plus subtil qui fait que l’image de l’autre est incorporée au Surmoi de la personne.

 

C’est souvent à cet endroit que cela pèche notamment pour les pères qui ne sont pas intégrés dans ce processus pour de très nombreuses raisons. La mère est naturellement l’interlocuteur privilégiée du nourrisson, et parfois l’enfant et la mère se trouvent dans une relation fusionnelle, qu’il faudra quitter pour aider le jeune enfant à trouver son autonomie. Cette démarche de dé-fusion doit permettre tout en conservant son statut de mère, de retrouver celui de femme. C’est le père qui a cette fonction privilégiée, mais pour de très nombreuses raisons celui-ci est souvent absent de ce rôle.

 

Depuis quelques décennies, il est plus courant que les pères participent davantage à l’activité du jeune enfant comme lui faire sa toilette, pourront donner le biberon, mais ils ne pourront toujours pas allaiter.

 

Il est au passage intéressant de s’arrêter quelques instants sur ces particularités, mais les physionomies font que les hommes quelques en soient leur volonté ne pourront jamais allaiter, ni accoucher, et ces singularités qui les distinguent de la femme montrent que les natures psychologiques ne possèdent pas naturellement les mêmes fonctionnalités.

 

Nous savons pour montrer les liens entre le physique et le psychisme qu’à chaque étape du développement du garçon ou de la fille il est important qu’il y ait une appropriation psychologique de cet état avec que l’âge physique et psychique correspondent.

 

Il ne s’agit pas de raisonner ici autour de l’idée de cerveau, mais de comportements instinctifs, encore moins de savoir si les cerveaux avaient un sexe. Mais nous savons que psyché et physique devraient être en concordance constante, et comment imaginer que la psyché masculine et féminine soient organisées de la même façon, l’organisation et la gestion du corps obligent ces différences.

 

Tous les enfants garçons ou filles s’approprient le développement de leur corps, cela nous pouvons l’observer notamment lors du passage de l’école maternelle à l’école primaire, puis par la nécessaire appropriation psychologique lors de l’organisation de la puberté. Nous savons au niveau de la clinique psychanalytique qu’il peut y avoir des dysfonctionnements importants et qu’un jeune adulte homme ou femme peut avoir un corps totalement en décalage avec son âge réel. Et ceci peut perdurer toute sa vie, sa psyché étant organisée dans et par ce décalage. Le travail en PAR permet cette réappropriation.

 

Pour en revenir aux perceptions psychologiques du corps, les lois de la nature sont telles que les filles sont réglées, cela veut dire qu’au-delà de la réalité de l’apparition du cycle menstruel, elles sont de fait très vite confrontées à la notion de temporalité. Le cycle par son organisation biologique amène les jeunes filles à intégrer la notion de temporalité.

 

Cette temporalité ramène à la perception du temps bien sûr, savoir que ce cycle oblige à un certain nombre de contraintes, et de l’espace à savoir s’organiser en tout moment et lieu. Et découle de cela l’intégration de s’approprier son corps et de l’observer beaucoup plus naturellement que le font les garçons, je parle des préoccupations hygièno-physiologiques et non du miroir narcissique.

 

Cette obligation pour les filles d’intégrer ce rythme biologique les rendent de fait beaucoup plus sensible à la notion de temporalité, de respect du corps et l’intégration de se soumettre à des protocoles médicaux. Cela développe un sens des responsabilités et de maturité qui demanderont un temps plus long pour le garçon.

 

Le rapport à l’enfant est obligatoirement charnel pour la femme, l’enfant se construit dans son corps, et de fait certaines ont de très nombreuses difficultés à défusionner, et il leur faut un travail de dissociation pour permettre à leur enfant d’exister. Et en aucun cas la psyché masculine n’est naturellement confrontée à cela, même s’il peut bien sûr exister des comportements de cette nature, mais il s’agit de dysfonctionnements et de pathologie.

 

Nous laisserons le soin aux neurosciences à démontrer cela, si cette recherche n’est pas contraire aux modes et morales en cours.

 

Ainsi pour en revenir au jeune enfant il est indispensable que les pères au plus tôt puissent intervenir comme partenaire privilégié de leur enfant. Ce réflexe n’est pas culturellement naturel au départ chez l’homme, mais savoir trouver une place à coté est indispensable afin de devenir un partenaire, allié, complice bien avant les premiers pas.

 

Il est intéressant d’observer comment cette notion d’indépendance commence à apparaitre dans l’environnement le plus précoce du jeune enfant. Il est de coutume dans certains pays, familles par exemple d’emmailloter de telle ou telle façon un nourrisson, ainsi certains se retrouvent toujours de nos jours avec les mains emprisonnées dans un linge. Cette attitude part de bonnes intentions, en particulier celle d’éviter que l’enfant ne se griffe. De fait les bras et les mains étant liées l’enfant quittera l’environnement placentaire relativement libre, pour après le deuil de cette séparation se trouver prisonnier dans un environnement inhabituel.

 

De même il apparait parfois des contradictions entre l’aspect médical et l’espace psychanalytique notamment en ce qui concerne l’allaitement, le bons sens prévaut évidemment de suggérer à la maman d’allaiter son bébé, mais combien de femmes entendons-nous dans nos cabinets se plaignant de ce supplice qu’est l’allaitement pour des raisons multiples, la douleur, le fait d’être assimilées à des laitières, le fait de ne plus avoir aucune autonomie, mais surtout avec un fort sentiment de rejet envers l’enfant.

 

Cela bien évidemment est dit dans l’intime du cabinet, et le conjoint n’en sait quasiment rien car la morale fait que pour être une bonne mère il faut allaiter.

 

Il est évident du point de vue de la psychanalyse que pour être une bonne mère il faut dès les premiers contacts établir au mieux des liens de bienveillance avec son enfant. Aussi il est de loin préférable d’abandonner l’allaitement si celui-ci provoque des douleurs ou autres désagréments, et de ne pas s’obstiner sous la pression de l’environnement autant les proches que les soignants, car il faut que la mère vive un sentiment de liberté et d’autonomie par rapport à son enfant et de la façon dont elle établit ce lien.

 

Un autre élément important qui peut entrer en conflit avec des prescriptions « médicales » il n’est pas indispensable que le nourrisson partage pendant des mois la chambres des parents, quelques semaines suffissent, d’autant que les technologies actuelles autorisent une surveillance constante de bébé.

 

J’ai vu des parents gardant dans le lit familial le bébé pendant plusieurs mois, cela est une totale aberration qui intercède directement dans le cadre de l’œdipe, assurant ainsi un œdipe bloqué que l’enfant aura du mail à intégrer et dépasser, et si de plus la mère continue un allaitement durant des années ce qui est le cas porté par l’actuelle mode d’allaiter jusqu’au plus de cinq ans de l’enfant, celui-ci sera de fait un enfant roi devenant un adulte immature. Dans ces configurations toues les conditions seront présentes.

 

Ces conditions de l’arrivée du tout petit se prépare.

 

Cette notion d’indépendance est d’ailleurs très intéressante à observer d’ailleurs. Indépendance au plus vite, pour que l’enfant puisse rapidement dormir dans sa chambre avec bien sûr tous les systèmes de sécurité que permet notre époque.


Et surtout de ne jamais faire dormir dans le lit parental de façon habituelle.
Sinon les parents vont activer et maintenir un œdipe et le narcissisme, ce qui correspond d’ailleurs à ces générations d’immaturités

 

Qui croit encore que l’enfant est naturellement bon ? Alors que … !

 

J’ai souvent exposé que l’enfant naissait bon et que l’éducation le faisait ou le défaisait. Mais actuellement c’est comme si l’idée fondamentale du « bon à révéler » avait été supprimée au profit de la croyance en la possibilité de façonner l’enfant à l’image des besoins de la société de production.

 

N’oublions jamais qu’un enfant ne nait pas timide, colérique dépressif, mais il peut le devenir, et c’est bien l’éducation qui organiser cela. 

 

Je préconise cette mitoyenneté qui seule permettra de développer cette complicité avec l’enfant. 

Ainsi le parent deviendra par la complicité un collaborateur, allié de l’enfant qui trouvera en lui des ressources. Ainsi la présence de l’adulte, puis par extension de sa parole ayant été introjectée, seront associées à son Surmoi et intègreront plus facilement les propositions.

 

Pour en revenir au sujet après ces longues digressions, nous voyons ainsi comment une réflexion, observation, d’un adulte sera perçue soit comme une aide, un accompagnement et donc un conseil, soit comme une injonction venant de l’extérieur et donc a priori suspecte ou pire le plus souvent comme un ordre.

 

Une suite permettra de préciser comment au quotidien il est aisé d’utiliser cette mitoyenneté, afin que dans ces zones partagées une parole devienne un conseil, et ne soit pas vécue systématiquement comme un ordre.

 

Lien sur mon dernier livre : Une nouvelle psychanalyse la PAR :

https://www.psychanalyse-rivalin.fr/une-nouvelle-psychanalyse-la-par/

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