Mon Moi est-il réellement le Patron ? (Partie 2)

Posté le 7 avril 2021

Mon Moi est-il réellement le Patron ? (Partie 2)

 

… Ou accessoirement neurosciences versus psychanalyse

Dans la première partie de l’exposé nous avons observé la genèse et la prépondérance de l’inconscient. Cette partie sera plus technique en s’appuyant sur les systèmes et méthodes par lesquels nous pouvons percevoir les activités fruits des fonctionnalités de l’inconscient.

 

Observons par quels procédés fonctionne l’inconscient.

 

Nous savons que notre esprit ne perçoit qu’une infime partie des très nombreuses choses que nous vivons dans une journée mais que l’inconscient enregistre. Notons que les neurosciences parleraient elles du cerveau.

 

Ainsi, comme nous venons de le percevoir dans l’article précédent, la plupart de nos conduites sont animées par des automatismes générés par l’inconscient, et cela sous la forme de réflexes de type pavlovien, générant ainsi de très nombreux automatismes dont la plupart sont des aides précieuses à notre quotidien.

 

Ainsi entrent dans l’inconscient et dans sa mémoire tous les éléments, événements extérieurs auxquels chaque individu est soumis tout au long de sa vie, ceux aboutis et ceux inachevés comme nous l’avons observé.

 

L’ensemble de ces vécus est stocké dans les mémoires consciente ou inconsciente sous la forme de pile mnésique. Ces piles contiennent la charge d’affect associée au vécu, et le script comportemental, à savoir le comportement initial mémorisé.

 

Ces vécus sont stockés dans la base de données du psychisme qui est en réalité double : 

 

  • Celle du conscient qui est temporalisée, hiérarchisée par nature d’expériences comme agréables, désagréables. Nous pouvons choisir en datant et en comparant pour apprécier et choisir une conduite.
  • Celle de l’inconscient est atemporelle et non hiérarchisée. Nous ne pouvons rien choisir. Les informations stockées y sont pourtant actives.

 

Précisons la grande dissemblance entre ces deux types de mémoires et leurs bases de données : 

 

  • les piles mnésiques conscientes sont accessibles et ne déversent leurs informations que lorsque nous les sollicitons.
  • Les piles mnésiques de l’inconscient sont totalement inaccessibles, délivrant de façon autonome leurs contenus et informations dès que l’exotype va stimuler la nature que portent les piles.

 

Comprenons les automatismes inconscients.

 

Nous avons compris que bien malgré nous notre inconscient a perçu de très nombreuses informations qui ne sont jamais parvenues à notre psychisme et dont la plupart du temps nous n’avons pas connaissance et encore moins conscience.

 

Nous avons également compris que dès qu’une pile entrait en résonance avec l’exotype elle déchargeait de façon automatique sa charge d’affect et son script comportemental.

 

Pour résumer de façon synthétique nous pouvons dire du fonctionnement de ces piles issues de la base de données de l’inconscient que celles-ci développent les deux possibilités :

 

  • Réflexes positifs et qui sont très nombreux et qui nous protègent, nous aident par  des automatismes de tous les jours par anticipation, évitement, et par de nombreuses adaptations.
  • Réflexes négatifs que sont par exemple les comportements et conduites phobiques, à savoir qu’à un stimuli a priori anodin l’individu va associer de l’anxiété ou des manifestations physiques désagréables.

 

 A ce sujet il est intéressant de constater combien les neurosciences se veulent positives lorsque certains de leurs représentants rassurent et expliquent « C’est vrai que l’on ne contrôle pas grand-chose. Mais ces processus inconscients ne sont pas une autre personne qui nous gouverne, c’est bien nous. Ce sont eux qui font notre spécificité, nos qualités, notre rapidité et notre créativité ».

 

Ainsi les neurosciences actuellement attestent et témoignent de ces activités inconscientes, d’ailleurs une étude espagnole parmi tant d’autres l’atteste grâce à l’utilisation de l’électroencéphalogramme. Mais précisent, et cela est vraiment intéressant pour notre développement, que ces comportements peuvent être maîtrisés par les conscientisations que propose la psychanalyse.

 

Mais nous le savons, et je le repréciserai, les réelles prises de conscience sont ce que j’ai énoncé à travers le concept d’ACPA et qui complètent et précisent réellement les prises de conscience freudienne.

 

L’expérience vécue d’Amandine.

 

Pour illustrer comment cela fonctionne, voici un témoignage issu de ma clinique qui montre que de façon surprenante combien l’inconscient se trompe, mais à toujours raison.

 

Amandine 3 ans joue dans le bac à sable du jardin, il fait beau, elle est bien, il fait bon, il fait beau, elle a un bel objet brillant dans ses mains, et soudainement sa maman lui fonce dessus et lui arrache l’objet !

 

Amandine est tétanisée, elle est coi, paralysée de peur, de surprise, de tristesse, le monde s’écroule autour d’elle. C’est ce que nous appelons un trauma qui est la rupture plus ou moins brutale d’un agrément qui se transforme en désagrément, ce quile  différencie  d’un drama qui lui relève des urgences, des faits divers.

 

Puis dans cette instantanéité, car cela se déroule en millisecondes Amandine explose de colère :

 

« Vilaine maman dit en pleurant Amandine je te déteste ! »

 

Mais l’objet en question est un bout de verre tranchant, et sa maman dans la précipitation a réussi à ôter l’objet des mains d’Amandine sans la blesser, but de la manœuvre, mais dans sa précipitation n’y a vraisemblablement pas mis toutes les formes oratoires.

 

Nous comprenons ainsi que l’événement vécu est enregistré par le système neurovégétatif activé par les sens, en l’occurrence la peur de maman, éventuellement la colère et la tristesse d’avoir été privée de cette bien-aisance. Mais non pas « Maman est gentille et vient me protéger ». Ensuite l’enfant dans les bras de sa maman va s’approprier intellectuellement cet événement par un exercice de réappropriation de la réalité en y mettant le sens que la raison veut apporter en l’occurrence : « Ma gentille maman est venue me protéger ».

 

Mais ne nous y trompons pas, la réalité du vécu est bien la méchante maman qui vient faire du mal à Amandine. Nous voyons bien très rapidement en quoi les thérapies cognitives comme comportementalistes qui n’activent exclusivement que le champ de la mémoire consciente ne parviendront jamais à extirper de la mémoire cet événement éminemment traumatique. 

 

Imaginons un scénario malheureusement fréquent qui est la reproduction chronologiquement proche d’une ou deux situations similaires, ce qui n’est pas aussi rare, ni isolé à l’âge d’Amandine qui à 3 ans découvre le monde. Ainsi avec une maman qui parle fort, paniquant un peu, ainsi malheureusement mais assurément va se créer une pile dans laquelle seront stockées les peurs, colères, tristesses qui émanent de la maman, mais surtout le sentiment de défiance à l’égard de la mère.

 

Ainsi malgré nous se créent tous les jours des piles qui porteront comme nous l’avons vu la charge des affects ainsi que les scripts comportementaux. Ces piles vont à chaque situation similaire produire les mêmes effets.

 

L’inconscient est également prédictif :

 

1) Négativement. Nous voyons très nettement par la clinique d’Amandine que dans des situations analogues, à savoir la mère d’Amandine proche d’elle, Amandine répétera systématiquement les mêmes peurs que lors du premier événement. Mais ces fonctionnements la porteront surtout plus loin, car par anticipation ils plongeront Amandine dans des malaises, voire des peurs dès qu’elle sera seule proche de sa mère. Ceci sans que ni l’enfant, ni la mère n’aient conscience de ce phénomène. Éventuellement la mère pourra penser et dire : « mais pourquoi tu te tiens éloignée de moi ? Et Amandine non consciente de cet état sera dans l’impossibilité d’y répondre. Sera même sûrement dans le déni.

 

Ensuite si l’attitude de peur de défiance qu’inspire la mère n’est pas repris en main par différents procédés heureusement possibles que malheureusement je n’ai pas l’espace de décrire dans cet exercice, s’installera un fonctionnement de type névrotique, qui procède comme des spirales amplifiant au fur et à mesure du temps leurs effets et comportements.

 

Mais nous le voyons bien qu’à la base il y a une situation vécue comme objectivement anxiogène à laquelle est soumis l’enfant, en total décalage avec une réalité dont la finalité de l’action de la mère est objectivement et manifestement protectrice.

 

Mais l’inconscient à toujours raison même s’il a tort ! 

 

Et ici nous sommes pleinement dans cet adage que je développe depuis de nombreuses années illustrant les différentes cliniques.

 

Et reprenant cette chronologie propre à notre constitution nous savons que le vécu prime systématiquement sur la pensée, ce qui explique les nombreux conflits psychiques entre l’idée que l’on a d’une situation et la réalité de nos sensations. Ceci signifie, et n’en déplaise à ceux qui disent « Je contrôle tout par mon mental », car cela est faux, nous contrôlons dans le seul espace que nous laissent les manifestations de l’inconscient qui la plupart du temps sont constantes en nous.

 

Ainsi nous pourrons comprendre aisément que l’accumulation de peurs vont créer un réseau de piles de même nature reliées entre elles, et qui alimenteront en permanence un état de sensation, générant ainsi par exemple l’idée d’un caractère dépressif, colérique, anxieux, qui pourra être considéré comme pratiquement de nature inné, or il n’en est strictement rien, car ce sont ces vécus qui ont créés des piles qui déversent leurs méfaits, plus ou moins en permanence.

 

A terme assez rapide la constance de certains comportements s’installera et sera considéré à tort comme irréversible.

 

Le conscient peut éventuellement les percevoir et croire les comprendre, essayer même de les sublimer, de les contourner, mais ne nous y trompons pas et méfions-nous des techniques de positivation absolue et de méditation. Car le psychisme est physiologique et ces substrats sont actifs en nous les ignorer est nuisible et nocif.

 

C’est la raison pour laquelle les abréactions devenues pour nous des ACPA ont toute leur pertinence car c’est le joint entre l’affect qui est physiologiquement engrammé et la pensée.

 

Une rapide précision à cette étape pour expliquer que c’est bien le refoulement qui nous protège de la perception, ou plus précisément de la conscientisation de la charge d’affect. Si la charge d’affect est de 100, celle du refoulement sera de 101 au minimum. Nous parlons à ce moment d’énergie mobilisée. Les ACPA désactivant ces charges rendront à nouveau cette énergie libre. 

 

– 2) Positivement surtout, car cet inconscient prédictif devient alors une sorte d’assistant, rapide et généralement très efficace, qui participe à nos prises de décisions au quotidien, même les plus anodines. 

 

Les neurosciences parlent de la cécité d’inattention, et par expériences ont montré que c’est le degré d’attention que l’on porte aux choses, et qui nous permet de les percevoir consciemment ou non. Et suite à ces expériences elles s’interrogent dans quelle mesure ces perceptions inconscientes guident nos actes ou nos décisions. 

 

Elles ont ainsi observé toujours à travers de nombreuses études combien des images subliminales qui sont présentées même très brièvement à des personnes peuvent les influencer sur de très nombreuses prises de décision.

 

Et ainsi les mêmes neurosciences expliquent comment la perception visuelle non-consciente peut alerter nos aires motrices, lesquelles vont pouvoir diriger notre geste avant même que le traitement visuel conscient n’ait le temps de se faire. 

 

Cette capacité est vraisemblablement héritée de l’évolution pour s’adapter au danger, que j’ai déjà évoqué.

 

Observons nos vécus et la façon dont nous les enregistrons.

 

J’ai présenté le psychisme comme ce vaste maillage atemporel dans lequel tout activait tout, je tiens à croiser ce concept avec la notion de pile mnésique afin de présenter les fonctionnalités des ACPA et PEF, pour finaliser avec le concept d’itération propre à la PAR et qui permettra de comprendre pourquoi la psychanalyse ne se limite pas à déployer son énergie à la recherche de preuves qui auraient un caractère scientifique, mais qui nous le savons ne prouve en  réalité strictement rien, si ce n’est un pseudo besoin de réassurance.

 

Tout être humain est soumis à un exotype, celui-ci est d’abord ressenti il est perçu par notre biotype par différents récepteurs. Ainsi une très petite partie seulement accéder à la perception pensée, et encore moins à la pensée et encore moins à la raison 

 

Ces vécus ne sont que de deux natures : aboutis ou inachevés et que nous observerons selon la troisième loi de Newton : Action/réaction. Ainsi à un stimuli exotypique qui est une action, nous pouvons avoir une réaction, mais celle-ci sera plus ou moins aboutie. Nous en aurons obligatoirement enregistré différents paramètres de façon totalement automatique comme le lieu, la température, les odeurs, les sons, les mots, et ce vécu sera enregistré sous forme de poche mnésique que j’ai nommé Vacum et PMDP.

 

Le concept de piles mnésiques pour représenter de façon métaphorique la façon dont les vécus sont stockés dans les deux mémoires. A ce stade du développement il suffit de savoir que les piles représentent deux fonctionnalités : leur capacité à stocker les charges d’affects associés aux vécus devenus souvenirs et le script comportemental, à savoir la conduite inductive qui s’est imposée à ce moment. Les piles peuvent être conscientes et accessibles, et inconscientes et donc inaccessibles, mais qui peuvent être activées à tout moment, et malgré nous en délivrant comme nous l’avons vu leur charge d’affect et le script comportemental inscrit.

 

1)  Si à ce vécu, à cette sollicitation exotypique notre réaction a été possible, c’est-à-dire que nous l’avons perçu, analysé au moins partiellement, et qu’une réponse a pu émerger, ce vécu se stockera dans les deux mémoires consciente et inconsciente. Le conscient dans laquelle elle servira d’exemple, et dans la mémoire inconsciente dans laquelle elle ira se stocker avec les piles de mêmes natures ou deviendra une nouvelle pile. Je montrerai aussi comment les piles fonctionnent comme des agrégats et qu’au fond du psychisme il n’y en a pas autant que cela de refoulées.

 

  • Dans la mémoire consciente qui la mémoire des apprentissages elle sera stockée comme dans une base de données à laquelle nous aurons accès et qui se perfectionnera au gré de nos expérimentations intellectuelles et de notre cognition. Cette mémoire est hiérarchisée et temporalisée, elle nous propose en permanence des modèles accessibles.

 

  • Dans la mémoire inconsciente sous forme de PMDP à savoir que les traces mnésiques de ces vécus sensitifs créeront ou s’agrégeront avec des piles de même valeur.

 

Ce vécu pour lequel il y a eu une réaction est enregistré dans la mémoire atemporelle de l’inconscient et va se stocker dans une pile 

 

2) Si face à ce vécu, à cette sollicitation exotypique notre réaction a été impossible, c’est-à-dire que nous n’avons développé aucune réaction par paralysie de l’appareil cognitif, toujours dans le cadre de cette fameuse loi de Newton action/réaction, comme nous n’avons pas eu de réaction volontaire, toute, ou une grande partie de l’énergie du vécu est absorbée par l’organisme et le psychisme. Et dans notre quotidien nous sommes constamment confrontés malgré nous à ces exercices de communication sociale auxquels le psychisme est soumis constamment.

 

Ce vécu sera donc principalement ou uniquement stocké cette fois ci dans la mémoire inconsciente sous forme d’une pile chargée de toute la masse d’énergie absorbée. Pour parler pratiquement, les peurs, les colères, les soumissions, les tristesses seront stockées en l’état et donc actives. Cette pile sera en résonance, activée par tout le système neurovégétatif des sensations perceptions, sensibilités de toutes natures et se déclenchera automatiquement malgré nous.

 

Mais sur le plan de la cognition ces informations n’ont pas accédé au champ conscient qui peut simplement et éventuellement les percevoir, les observer mais particulièrement le psychisme et l’individu qui les subissent et y sont soumis.

 

Nous pouvons ainsi aisément comprendre pourquoi le terme de prise de conscience ou de conscientisation est très nettement insuffisant, car cela signifie simplement repérer les piles, mais rappelons-nous celles-ci contiennent deux éléments actifs les charges d’affect et les scripts comportementaux et cela seules les ACPA y parviennent.

 

 

Lien sur mon dernier livre : Une nouvelle psychanalyse la PAR :

 

https://www.psychanalyse-rivalin.fr/une-nouvelle-psychanalyse-la-par/

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