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Jacques Rivalin

Psychanalyste à Nantes - Psychothérapeute à Nantes - Psychothérapie à Nantes
Président de l'Institut Français de Psychanalyse P.A.R

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Articles et brèves de Jacques Rivalin, abordant de très nombreux thèmes philosophiques et métaphysiques sur le développement conceptuel de la P.A.R et la présentation de tranches de vie philosophiques.

LE BUTYRUM : Ce qui constitue un être humain avant sa naissance

Avant le premier mot. Avant le premier souvenir. Avant même la naissance, quelque chose est déjà là. Ce quelque chose n’est pas un hasard. En psychanalyse P.A.R., je le nomme le Butyrum.

C’est le concept le plus original que j’aie développé, et sans doute le moins immédiatement saisissable. Non par obscurité, mais parce qu’il touche à ce qui, dans chaque être humain, précède toute histoire consciente tout en la conditionnant entièrement.

Comprendre le Butyrum, c’est comprendre pourquoi certaines souffrances semblent antérieures à toute mémoire. Pourquoi certaines angoisses résistent à toute interprétation biographique. Et pourquoi la guérison doit parfois descendre bien plus profond que les mots ne peuvent aller.

Avant la naissance … ce qui précède l’expérience

Toute psychologie, toute psychanalyse se heurte tôt ou tard à la même question fondatrice : d’où venons-nous psychiquement ? Non pas au sens généalogique, cette question-là, la psychanalyse sait la traiter. Mais au sens originel : qu’est-ce qui constitue un être humain avant que l’expérience commence à le former ?

Freud a posé le Ça comme réservoir primitif des pulsions. Jung, l’inconscient collectif comme héritage archétypal. Lacan, le grand Autre comme structure symbolique préexistante au sujet. Chacun reconnaît implicitement qu’il existe quelque chose avant la conscience réflexive, avant le langage, avant la relation à l’autre. La psychanalyse P.A.R. nomme ce quelque chose : le Butyrum.

La résistance culturelle à l’origine

Il existe une résistance profonde : culturelle, philosophique, à l’idée que quelque chose de psychiquement significatif puisse se passer avant la naissance. Notre représentation dominante fait de l’être humain un être qui commence avec la conscience, ou du moins avec l’expérience sensorielle organisée.

J’ai observé, de façon répétée sur quarante ans de clinique, des analysants aux prises avec des angoisses dont l’origine semblait antérieure à toute mémoire accessible. Des états de terreur diffuse, de dissolution des frontières du Moi, qui résistaient à toute interprétation biographique, parce qu’ils précédaient la biographie.

Ce n’était pas de l’inexplicable. C’était du préverbal. Du pré-conscient. Du « butyral ».

Ce que contient le Butyrum

Le Butyrum est la matrice primordiale psychique, l’empreinte digitale de l’individu. Il se constitue avant la naissance à partir de quatre dimensions qui convergent et s’entrelacent.

La dimension biologique

Le biotype : l’ensemble des caractéristiques physiologiques qui déterminent la sensibilité, la réactivité, le seuil de tolérance au stress, la capacité à traiter l’information émotionnelle. Ce n’est pas du caractère inné au sens fataliste. C’est un terrain, une disposition initiale que l’expérience va moduler.

La dimension génétique

Non pas au sens d’un déterminisme héréditaire simpliste, mais au sens d’une transmission de susceptibilités, de prédispositions, d’un terrain. Les gènes ne dictent pas, ils prédisposent. Et cette prédisposition est déjà là, dès la conception.

La dimension neuronale

L’activité neuro-électrique commence dès la huitième semaine de gestation, bien avant que les structures cérébrales responsables de la conscience réflexive ne soient formées. Ces activités primitives ne constituent pas encore de la pensée au sens cognitif. Mais elles constituent la première forme d’activité psychique au sens strict : des processus d’intégration, de régulation, de réponse aux stimuli.

C’est dès ce stade que le Butyrum commence à se constituer comme instance active — non pas réceptacle passif, mais système intégratif vivant.

La dimension âme

Ce quatrième élément mérite qu’on s’y arrête avec soin.

Je n’emploie pas le terme d’âme dans un sens religieux ou métaphysique au sens d’une entité transcendante préexistante. Je l’emploie pour désigner ce qui, dans l’être humain, ne se réduit pas à ses composantes biologiques, cette intériorité pure et non fragmentée, ce noyau authentique du sujet, qui émerge organiquement de la combinaison des trois autres dimensions sans s’y dissoudre.

L’âme, dans ce cadre, est une émergence, non une imposition extérieure.

Cette formulation est délibérément ouverte. Elle est compatible avec une lecture laïque : une propriété émergente des systèmes complexes. Elle est également compatible avec une lecture spirituelle. La P.A.R. ne tranche pas cette question philosophique millénaire. Elle l’intègre sans l’exclure ni l’imposer.

Ce que les neurosciences et l’épigénétique confirment

Le Butyrum n’est pas une spéculation philosophique sans ancrage empirique. Il dialogue avec les découvertes les plus récentes des neurosciences et de l’épigénétique.

La mémoire implicite prénatale

Le fœtus entend dès la vingtième semaine de grossesse. Il réagit à la voix maternelle, à la musique, aux variations de lumière filtrée. Son système nerveux autonome répond aux émotions de la mère : cortisol, adrénaline, ocytocine traversent le placenta et atteignent directement son organisme en développement.

Des recherches en mémoire implicite ont démontré que certaines formes d’apprentissage sensoriel et moteur existent avant même la naissance. Le nouveau-né reconnaît la voix de sa mère, distingue sa langue maternelle des autres langues, manifeste des préférences qui ne peuvent s’expliquer que par une imprégnation prénatale.

Pour la P.A.R., ces données confirment que le Butyrum n’est pas une abstraction. Il y a littéralement quelque chose qui se mémorise, qui se constitue, qui s’organise bien avant que le sujet ne puisse en avoir connaissance.

Ce sont les premières piles mnésiques, les plus archaïques, les plus profondes. Celles dont l’origine est si précoce qu’elles semblent innées alors qu’elles sont déjà acquises.

L’épigénétique … quand l’environnement parle aux gènes

L’épigénétique est la science des modifications de l’expression des gènes induites par l’environnement, sans altération de la séquence ADN elle-même. Ce champ, en pleine expansion depuis les années 1990, a produit des découvertes qui rejoignent de façon frappante les intuitions de la P.A.R.

Le niveau de cortisol maternel, marqueur biologique du stress affecte les gènes impliqués dans la régulation du système nerveux autonome du fœtus. Des études longitudinales ont montré que des enfants exposés in utero à des niveaux élevés de stress maternel présentent, des années plus tard, des profils de réactivité émotionnelle significativement différents.

Ce que ces données signifient pour la P.A.R. est fondamental : le Butyrum n’est pas seulement constitué par des données génétiques héritées. Il est déjà le produit d’une interaction entre le génome et l’environnement, avant même la naissance. L’inné et l’acquis ne s’opposent pas dans le Butyrum, ils se co-constituent dès l’origine.

La transmission transgénérationnelle

Plus remarquable encore : l’épigénétique a démontré que certaines de ces modifications peuvent être transmises aux générations suivantes. Des traumatismes vécus par les parents, voire les grands-parents laissent des traces épigénétiques mesurables dans la descendance.

Ce phénomène, longtemps présent dans la clinique psychanalytique sous forme d’hypothèse, trouve ici un début de fondement biologique. Le Butyrum porte ainsi non seulement l’histoire de l’individu avant sa naissance, mais potentiellement des traces de l’histoire de ses ascendants.

Ce n’est pas du destin. C’est du déterminisme, et le déterminisme, en P.A.R., est réversible.

Le Butyrum comme matrice de l’inconscient

Pour comprendre pourquoi le Butyrum conditionne tout ce qui suit, il faut d’abord comprendre comment fonctionne la psyché selon la P.A.R.

« Le psychisme est un vaste maillage atemporel dans lequel tout active tout : présent et passé, conscient et inconscient. La psyché n’est pas séquençable ni sécable. Elle est homéostasique, perpétuellement en mouvement. Tout ce qui est ancien, à équivalence informative, est plus imprégné donc plus prégnant. »

Cette définition contient la clé de lecture du Butyrum. Si le psychisme fonctionne ainsi, si tout active tout, si le passé et le présent sont en résonance permanente, alors ce qui s’est constitué en premier résonne forcément le plus fort. Le Butyrum n’est pas archaïque au sens de dépassé ou d’inerte. Il est archaïque au sens de fondateur, et donc de perpétuellement actif.

C’est ce maillage atemporel qui explique pourquoi une angoisse prénatale peut se manifester avec la même intensité à quarante ans qu’au premier jour. Le psychisme ne classe pas ses contenus par ordre chronologique. Il les fait résonner ensemble, en permanence et les couches les plus anciennes, les plus imprégnées, donnent le ton à tout le reste.

L’inconscient de la P.A.R. diffère significativement de celui de Freud car l’inconscient freudien est essentiellement un lieu de refoulement, un dépôt où viennent s’accumuler les représentations inacceptables pour la conscience.

L’inconscient de la P.A.R. est plus vaste et plus fondamental. Il n’est pas seulement ce que la conscience a rejeté il est aussi, et d’abord, ce qui n’a jamais été conscient. Ce qui s’est constitué avant que la conscience soit possible.

Le Butyrum en est la première couche. La plus archaïque. La plus profonde. Et c’est précisément parce qu’elle est préverbale, pré-consciente, antérieure à toute symbolisation, qu’elle est si difficile à atteindre par les voies classiques de la parole analytique.

La mémoire sans mémoire

Un fœtus dont la mère traverse une période de stress intense ne « souvient » pas de ce stress au sens mnésique habituel. Mais son système nerveux autonome a été configuré par cette expérience. Ses seuils de réactivité au danger ont été modifiés. Sa tolérance à l’incertitude a été marquée.

Ces configurations ne sont pas stockées sous forme de représentations, elles sont inscrites dans la structure même du système nerveux, dans les patterns de réponse automatique, dans ce que nous appelons le tempérament.

C’est pourquoi certains états psychiques semblent si réfractaires à l’interprétation verbale. L’analysant qui souffre d’une angoisse fondamentale, d’un sentiment permanent d’insécurité, d’une terreur diffuse de l’abandon, ne peut pas remonter à l’événement traumatique qui en serait l’origine. Parce qu’il n’y a pas d’événement à proprement parler. Il y a une imprégnation. Une configuration. Un Butyrum marqué.

Le Butyrum et la formation du Moi intime

Du Butyrum émerge le Moi intime, le concept que je considère comme la contribution la plus originale de la P.A.R. au champ psychanalytique. Je tiens à une distinction conceptuelle essentielle : le Moi intime émerge du Butyrum, il ne s’y révèle pas. La révélation supposerait une essence préexistante et cachée, qu’il suffirait de dévoiler. L’émergence est un processus dynamique, organique, continu.

Le Moi intime se construit progressivement à partir du Butyrum, en interaction constante avec l’environnement. Il évolue, se complexifie, intègre de nouvelles couches d’expérience, tout en conservant son fil identitaire fondamental.

Les premières différenciations

Le Moi intime émerge initialement dans l’inconscient. Les premières manifestations de cette organisation sont les réponses différenciées aux stimuli : le fœtus ne réagit pas de façon identique à tous les stimuli. Il manifeste des préférences, des réticences, des états de calme et d’agitation qui témoignent d’une sensibilité déjà individualisée.

Cette individualisation est le premier signe du Moi intime. Non pas encore une identité au sens plein, mais une façon d’être propre, un style de réponse au monde qui précède toute socialisation.

Les conséquences cliniques

Ce que le Butyrum imprime dans les premières semaines et mois de vie constitue le socle sur lequel tout le développement ultérieur va s’édifier.

Prenons un exemple clinique. Un analysant se présente avec une angoisse de séparation massive, disproportionnée par rapport à toute situation objective. Le travail analytique remonte aux relations d’objet précoces, à la disponibilité émotionnelle de la mère, aux premières expériences de séparation. Mais quelque chose résiste. Il reste un noyau d’angoisse qui ne cède pas à l’interprétation biographique, qui précède même les premiers souvenirs.

La question que la P.A.R. pose est celle-ci : cet analysant a-t-il vécu in utero une expérience de séparation, de menace, pire d’élimination ? Sa mère a-t-elle traversé une période de détresse profonde pendant la grossesse ? Y a-t-il, dans la lignée familiale, des traumatismes de séparation qui ont pu laisser des traces épigénétiques ?

Ces questions ne sont pas accessibles aux voies habituelles de la mémoire. Elles nécessitent une approche différente, plus corporelle, plus attentive aux résonances physiques qu’aux représentations verbales.

C’est là que les ACPA : « Abréactions Conscientisées Pleinement Abouties » trouvent leur application la plus profonde. Certaines abréactions touchent des registres si archaïques qu’elles s’accompagnent non pas de représentations ou de souvenirs, mais de sensations corporelles intenses, de réactions végétatives, de pleurs sans image ni récit. Ce sont des abréactions « butyrales », des décharges qui atteignent les couches les plus profondes du Butyrum, antérieures à toute mémoire consciente.

Le principe de réversibilité s’applique au Butyrum

Un Butyrum constitué dans un environnement sécurisant offre une base solide pour l’émergence d’un Moi intime robuste. Ce Moi intime aura plus facilement accès à ses propres ressentis comme guides fiables, plus facilement la capacité de distinguer ce qui vient de lui de ce qui vient des autres.

Un Butyrum marqué par des imprégnations traumatiques, comme un stress maternel intense, menace sur la vie, environnement hostile, configure un Moi intime dont les seuils de vigilance sont élevés, dont les systèmes d’alerte sont hyperactivés, dont la confiance fondamentale dans le monde est fragilisée.

Ce n’est pas une condamnation. C’est un point de départ.

Et c’est précisément parce que la P.A.R. peut atteindre ces couches archaïques que son principe de réversibilité s’applique même aux blessures les plus profondes. Ce qui a été inscrit, même avant la naissance, même dans le silence du corps fœtal peut être retravaillé, intégré, transformé.

Non pour effacer ce qui s’y est inscrit. Cela serait non seulement impossible, mais indésirable, car le Butyrum est aussi ce qui fait la singularité irréductible de chaque être humain.

Mais pour libérer le Moi intime des configurations défensives que le Butyrum traumatisé a engendrées. Pour permettre à cet être humain d’être, enfin, ce qu’il est, au-delà de ce qu’il a dû devenir pour survivre.

Avant le premier mot, il y avait déjà quelqu’un.

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Jacques Rivalin, Psychanalyste et psychothérapie à Nantes

La Psychanalyse P.A.R est une nouvelle forme de thérapie, brève et très aboutie. C'est une réelle psychanalyse dynamique et de courte durée. La pratique de la P.A.R. met l’analysant en situation de se connaître rapidement au plus profond de lui-même pour mettre en place les changements nécessaires et indispensables à sa recherche de bien-être.

Étant depuis 1989 Psychanalyste didacticien, Jacques Rivalin forme des psychanalystes les amenant au stade de l’exercice professionnel, qui ensuite sera supervisé, tout le long de leur activité professionnelle, garantissant ainsi au psychanalyste et à ses analysants une assurance de résultats et de qualité.

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