La vie, un théâtre ? Troisième Partie

Posté le 11 novembre 2011

Acte 3 : L’adulte.

A partir de quel moment peut-on être, se qualifier d’adulte ? La réponse est subtile car elle dépend des époques, du contexte social dans lequel nous évoluons, des exigences auxquelles nous sommes soumis, et surtout de nous même.

Un individu de 8 ans ou de 15 ans que nous observons de nos jours, ou  dans des périodes plus reculées 13ème siècle par exemple -je ne parle même pas de l’antiquité- ne présente pas les mêmes capacités d’adaptation, liées entre autre à l’hygiène alimentaire, corporelle etc.… L’organisme et le psychisme vont donc concentrer le potentiel d’énergie et d’activité nécessaire à la survie.

Il est probable qu’un enfant ou un jeune de ces époques paraitra plus mature qu’aujourd’hui et que vraisemblablement le qualificatif d’adulte pourrait être marqué plus tôt. Il est vrai qu’aujourd’hui, et fort heureusement, du moins dans nos sociétés occidentales, les préoccupations de survie sont peu actives. Certains jeunes étudiants que l’on nomme des « Tanguy » qui, pour différentes raisons restent au domicile familial bénéficiant encore du statut d’enfant et d’adolescent et pas encore totalement d’adulte, en sont l’exemple.

J’aurai donc tendance à définir ce statut d’adulte acquis, lorsque l’autonomie notamment matérielle est acquise, confronté que nous sommes aux réalités économiques, sociales, professionnelles, affectives.

Alors pour en revenir à notre vieux comédien, cet adulte, comme il le dit:

Quand je me lève le matin, je sais que joue instantanément. Joue t’il pour autant ? Eh bien oui, reprenons les fameux rôles dont nous avons parlé, celui de loser, d’ami idéal, de fille aimante et serviable, de l’employé modèle, du syndicaliste intraitable .

 

Eh bien oui nous sommes dans ces rôles immédiatement dés le réveil.

 

Mais fort heureusement que cela se révèle plus complexe. Intervient ici ce que j’ai évoqué pour la phase adolescente et  qui permet d’exercer une lecture plus critique sur soi et les autres. Le matin au réveil je suis confronté à deux possibilités : une paranoïde ou une schizoïde.

La phase paranoïde correspond au moment où, pleinement conscient des moments de ma journée, se développe  une exagération de ma perception exotypique, et donc m’amène à observer mes jeux, mes rôles pour mieux les faire coller aux attentes.

La phase schizoïde correspond où, plein de sommeil, ou mal pétri de mes réalités familiales et sociales, je minimise l’influence de l’exoptype allant parfois même à lui substituer ma volonté de voir les choses à ma façon.

Alors concrètement me demandez vous, cela se passe comment? J’aurai tendance à penser que plus l’éducation scolaire a sollicité les aptitudes intellectuelles d’analyse et de synthèse, plus nous sommes en capacité de perception des rôles dans lesquels ON nous a mis.

Pour certaines personnes, plus englués dans des confrontation Moi/Surmoi/Ça, où parfois malheureusement les illusions d’être se mélangent dans la réalité, il est très difficile d’avoir les outils de perceptions physiologiques collaborant avec les facultés psychiques pour analyser finement ces fameux rôles dans lesquels nous sommes. Cela est une mise en danger, car non conscients des rôles dans lesquels elles sont, les autres peuvent en profiter habilement de différentes façons. N’oublions pas notre timide qui justifie sa pathologie en choix : quel bonheur pour un environnement nuisible.

Pour en arriver au fait que nous sommes plus ou moins conscients de ces rôles, quelle trouvaille me direz-vous, mais là aussi cela se révèle assez subtile.

Cela va donc passer par des scénarios constants d’adaptation. Je vais apprendre à composer progressivement des jeux d’acteur dans lesquels je suis plus ou moins naturel, le mieux adapté à la demande environnementale.

Par exemple, conscient plus ou moins que mon patron a de moi cette vision, je vais m’efforcer de remplir le rôle qu’il a de moi.

Certains, sous prétexte d’adaptation cachent des clivages d’un moi schizoïde voire psychotique, car il nous arrive d’observer des proches ou autres qui empêtrés dans des jeux de rôles sont tellement différents dans chaque posture que l’on arrive à se demander qui est l’autre et si finalement il y a une unité qui a su se protéger à travers la dilution des nombreux rôles : celui qu’il a avec moi, avec son patron, ses amis, sa sœur ainée etc… au point tel de ne plus reconnaître la personne ;

Mais l’adaptation peut elle aller jusqu’au mensonge ?

 

Epilogue : Le mensonge

 

Certains pour s’adapter utilisent de façon récurrente le mensonge, j’en rappelle quelques éléments :

Le mensonge est quotidien, bien plus que l’on puisse le croire, qu’il  s’agisse de  nous ou des autres. Nous utilisons sciemment ou presque machinalement comme un réflexe partie cachée d’un jeux de rôle. Le mensonge utilise différents mécanismes les mieux repérables sont :

– Un décryptage assez exact du réel, pour ne pas mentir à coté !

– Une distinction suffisante entre l’objectif et le subjectif (ce qui n’est pas encore le cas chez l’enfant) ;

– Une fantaisie importante pour construire la fiction et préparer les arguments.

 

Mais le menteur se trompe en pensant s’approprier la pièce dans laquelle il est acteur. In fine, il est prisonnier d’un scénario contre lequel il lutte en permanence.  Feignant la réalité, il est le pire prisonnier des rôles, car il est celui qui ne joue pas. On peut trouver comme exemple Christophe Rocancourt, ou encore le protagoniste du film Attrape-moi si tu peux.

Mais là n’est pas l’objet de mon exposé. La vie est faite constamment d’adaptation et de jeux dans lesquels nous sommes acteurs. Dans certains, nous sommes portés, et ils nous élèvent. Malheureusement, cela est rare, le quotidien est plutôt fait de voisinages plus ou moins agréables dans lesquels je me dois de rendre « la pareille ».

Le pire est celui qui se ment à lui même par déni ou affabulation. Revenons au timide qui, au plus haut de son art, n’a pas la capacité à s’évaluer (c’est la meilleure hypothèse),ou bien, plus ou moins conscient de son handicap, construit en permanence des jeux dans lesquels il pense briller .

Dans tous les cas, nous sommes obligés de composer au minimum social.  « Fais un sourire à la dame ! » en est l’exemple évident : je n’en ai pas envie mais il faut le faire. Cet exemple en forme d’image d’Epinal montre combien nous devons en permanence nous adapter et composer.

 

Composer et s’adapter c’est là le secret! Conscient de notre exotype (environnemental), conscient des attentes qui me sont attribuées, je vais devoir trouver le jeu le mieux approprié. C’est ce que les Jungien appellent la Persona. C’est le moment dans la construction de l’individu, (nous revenons à l’adolescence), période charnière dans laquelle nous peaufinons ou pas notre identité, et que nous allons pouvoir sentir combien le voisin est différent de moi, combien mes parents qui votent pour tel parti (ce qui ne me posait pas question auparavant) me dérangent par leurs choix.

L’appropriation de la Persona, ou plutôt l’autorisation à la développer, est souvent interdite par les parents, explicitement ou non. Tu ne vas pas chez eux ce sont des racistes, tu ne vas pas chez eux ils ne pensent pas comme nous ! La Persona c’est le moment où les acteurs Grecs, pour mieux exprimer un sentiment, se dotaient d’un masque (que les illustrations de l’article représentent) afin que le public soit mieux imprégné du sentiment qui passe.

La Persona est nécessaire, c’est l’interface dont nous avons besoin dans tous les rôles familiaux sociaux, ce petit Jiminy Cricket qui me dit en permanence qu’il vaut mieux faire/être de telle ou telle façon.

La Persona, c’est l’interface utile dont nous avons besoin en permanence et qui nous permet de composer un rôle le mieux approprié au contexte dans lequel nous évoluons, les jeux de compromission qui font parti de notre quotidien, et qui font qu’à un moment donné nous allons continuer ou pas. Notre morale, (cela je le développerai ultérieurement) doit à un moment donné intervenir et me dire là non tu ne peux y aller si ce n’est au prix d’un renoncement de mon intégrité.

 

 *~*~*~*

 

Vous l’avez compris, ma démonstration est de montrer qu’il n’y a pas de déterminisme, si ce n’est l’aspect transmis génétiquement qui conditionne une partie de l’intime de notre fonctionnement et réalité. Mais ma question en tant que praticien et didacticien a toujours été de savoir à quel moment le libre arbitre existe.

Une réponse repose sur mon développement précédent : être conscient des rôles et jeux et s’adapter en permanence grâce à la Persona, (c’est un qualificatif qui tel une topique permet de visualiser de façon topographique un mode de fonctionnement )

Alors la vie une pièce de théâtre ?

 

Je vous laisse juger ,  car mieux que nous, qui sait ?

Je remercie Michel Galabru qui m’a permis cette réflexion.

 

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