La Chronique Psy 2 : Le complexe du vestiaire

Posté le 19 février 2021

J’y ai été confronté trois fois cette semaine au cabinet. C’est un réel complexe même un syndrome, au sens où les conséquences en sont multiples tant il est néfaste et nuisible.

 

De quoi s’agit il ? 

 

Jean-Paul 43 ans sur le divan me dit, mon Père m’a forcé à faire du foot, je n’ai jamais aimé cela, car il fallait se déshabiller et prendre la douche avec les autres. Mon copain Pierre qui était le meilleur buteur se déshabille devant nous, tout de suite après le match et se promène nu dans les vestiaires en nous bizutant. Je me suis toujours douché avec mon slip, tout le monde se moquait de moi, « p’tite bite tu caches ta p’tite bite » … Il avait un sexe énorme ! Du moins je le croyais à l’époque, j’ai toujours eu un complexe d’infériorité à cause de cela, même à ma femme je n’ose pas lui demander si  « c’était bien« . 

 

Martine 32 ans me dit qu’elle n’arrête pas de dire à son mari : « Chéri, mes seins sont comment ? Ils ne sont pas trop petits ? Si ? Mais ils sont fermes non ? Tu ne trouves pas, tu crois que les hommes me regardent sur la plage ? » Et ainsi de suite. 

 

Nous y avons tous été confronté garçons et filles. Cela démarre dés l’école maternelle, mais s’exprime surtout à la puberté. Que ce soit réellement dans le gymnase ou sur la plage, dans la chambre d’un, d’une amie chez qui je vais dormir. Comment s’empêcher de montrer, de voir de regarder le plus intime de l’autre ? 

 

Ce moment où l’on se défait de ses vêtements les plus intimes et où la nudité apparaît. En fonction de l’âge auquel ce moment est vécu va se constituer une structure psychologique qui malgré nous va s’organiser une chaine de comportements positifs ou négatifs.

 

N’oublions pas l’apport de la Psychanalyse dans la vision et lecture du fonctionnement de la personnalité et de sa construction. Freud dont la pensée que certains réfutent, par peur peut être, a démontré l’importance de la sexualité dans la construction de la personnalité.

 

La deuxième topique Freudienne nous parle de stade oral , anal , phallique puis génital. Dernier stade d’ailleurs qui est méconnu et sur lequel je reviendrai ultérieurement donner quelques éclairages.

 

Considérons ces fameuses topiques très simplement comme des représentations topographiques, ce schéma, dessin qui exprime mieux à lui tout seul que l’ensemble des belles phrases ne parviendraient pas à formuler mieux une idée un fonctionnement surtout.

 

Quand nous parlons de stade phallique, c’est celui lié à la construction et de l’appropriation de l’identité. C’est le moment du JE. Je suis !

 

Le moment où l’enfant prend conscience et de sa réalité et de son identité, c’est le stade du miroir Lacanien. Ce moment où je prends conscience que j’existe que je suis. Cela autorise l’enfant à sortir des stades précédents et notamment du stade anal ou tout est confondu, tout est dans tout, d’ailleurs observez autour de vous ceux qui sont restés à ce stade au delà du fait qu’ils sont rigides, obsessionnels, très méticuleux, ce sont des personnes qui utilisent toujours le nous, le on, mais jamais le je . Je pense, j’existe, je propose, cela ne fait pas partie de leur vocabulaire qui ainsi exprime la réalité de leur personnalité. 

 

Pour en revenir à nos vestiaires, ce complexe, vous l’avez compris est souché au stade phallique. Je ne vais pas faire un exposé total sur la réalité des stades qui est celui de la théorie de la sexualité infantile, néanmoins il est important de savoir que lorsque la libido apparaît désactivée des objets sociaux, notamment lorsque la sexualité génitale apparait, à savoir menstruation féminine, éjaculation pour le garçon, le stade phallique qui disparaît dans nos topiques vers les 6 ans , est réactivé ainsi que tous les autres stades , c’est le moment l’opportunité de tout « régler » les fixations orales , anales ,phalliques vont pouvoir se désagréger ou pas. Si cela n’a pas été possible c’est là où la psychanalyse va intervenir, en retournant au plus intime de notre Moi, et grâce à l’abréaction tout réguler.

 

Donc dans notre vestiaire, que je sois garçon ou fille, nous somme dix à quinze à nous dévêtir, ma pilosité est présente ou peu , mes seins sont développés ou peu , mon pénis est présent , mes testicules sont sorties dans leur enveloppe .

 

Bref ce moment de l’adolescence où se posent des questions naturelles face à ce corps qui changent que je ne connais plus. Ce moment de l’enfance qui a duré une douzaine d’année subitement à disparu, exit ! Place à ce monde inconnu, celui de l’avenir en devenir ! Nous sommes confronté à l’inconnu, certains profitent d’un frère d’une sœur, d’un cousin, d’une cousine soit pour savoir, soit pour voir. Voir ! Tout est là l’observation, savoir à travers l’observation comment est l’autre, mon pénis il est pareil, mes seins sont comme mes copines ?

 

Et c’est là que le complexe peut et va s’organiser, il y a toujours un garçon dont la pilosité est redoutable et dont le pénis affiche une taille impressionnante, une fille pour laquelle la poitrine est manifestement observable. Bref ce moment intime du vestiaire nous l’avons tous connu. Malheureusement même les « bien dotés » ne sortent pas toujours indemnes de cette épreuve. Les conséquences ne sont pas de même nature que l‘on soit garçon ou fille, l’égalité des sexes ne fonctionne pas ici.

 

Pour le garçon la notion de virilité repose uniquement sur la taille du pénis, c’est observable, c’est son organe sexué observable immédiatement de et par l’extérieur. « T’as une petite bite ! Et c’est là que tout se joue ! » Le garçon a 13 ans, c’est le moment je vous le rappelle, où il s’approprie son identité, comme la fille, et lui dire cela c’est une petite mort dans sa future vie d’adulte qui va se construire. Les conséquences sont dramatiques pour lui, pour la fille beaucoup moins.

 

Personne n’aurait l’idée de mesurer la cavité vaginale, encore moins la taille du clitoris. Heureusement pour les filles à ce moment du vestiaire ce complexe de castration n’existe pas. De comparer la taille de mes seins à ceux des copines, bien sûr mais cela ne remet en aucuns cas la notion de féminité en cause, le reste sera affaire de comportement.

 

Le garçon qualifié de petite bite verra sa personnalité se structurer autour de cela. Malheureusement nous pouvons les observer autour de nous. Ils sont dominés, écrasés, ou tyranniques exterminateurs comme pour compenser par les comportements les centimètres manquants à leur attributs virils. 

 

Vous le voyez c’est un sujet complexe important qui mérite plus de développement, mais il faut intégrer que ces souvenirs de vestiaires sont des fondamentaux structurants dans notre éducation.

Lien sur mon dernier livre : Une nouvelle psychanalyse la PAR :

https://www.psychanalyse-rivalin.fr/une-nouvelle-psychanalyse-la-par/

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