S.FREUDS.FERENCZI

Jacques Rivalin

Psychanalyste à Nantes - Psychothérapeute à Nantes - Psychothérapie à Nantes
Président de l'Institut Français de Psychanalyse P.A.R

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Articles et brèves de Jacques Rivalin, abordant de très nombreux thèmes philosophiques et métaphysiques sur le développement conceptuel de la P.A.R et la présentation de tranches de vie philosophiques.

Ce que l’IA révèle de la psychanalyse

Il est trois heures du matin. Quelqu’un ne dort pas. Il ouvre son téléphone et se met à écrire ce qu’il n’a jamais dit à personne. Quelques secondes plus tard, une réponse arrive : patiente, structurée, attentive, sans le moindre jugement. Elle nomme ce qu’il ressent mieux qu’il ne l’aurait fait lui-même. Elle demande, poliment, comment il se sent maintenant, et il se sent sûrement mieux.

Depuis deux ans, nous voyons arriver au cabinet des analysants qui ont fait ce chemin avant de pousser la porte. Ils arrivent informés, parfois remarquablement informés, avec un vocabulaire, des hypothèses, une lecture de leur histoire. Certains ont manifestement été mieux écoutés par une machine qu’ils ne l’avaient jamais été par un être humain, et il serait malhonnête de faire semblant de ne pas le voir.

La question de savoir si l’intelligence artificielle va remplacer les psychanalystes n’a donc aucun intérêt. Elle est fermée, chacun en connaît déjà la réponse, et elle n’apprend rien. La question qui mérite d’être posée est plus embarrassante pour notre discipline : si un programme parvient à donner à des millions de personnes le sentiment d’être en analyse, de quelle analyse s’agit-il exactement ?

Comment une machine produit le sentiment d’être écouté

Il faut d’abord comprendre le mécanisme, parce qu’il n’a rien de mystérieux et qu’il est très efficace.

Ce qui produit chez nous la sensation d’être écouté n’est pas l’écoute. C’est la restitution. Quelqu’un nous rend ce que nous venons de dire, mais ordonné, hiérarchisé, débarrassé des reprises et des hésitations. Nous nous y reconnaissons, en mieux. Ce mouvement est profondément narcissique, et il n’y a là rien de péjoratif : c’est ainsi que fonctionne le miroir depuis toujours, et une part de l’apaisement analytique repose sur lui. La machine excelle dans cette opération parce que c’est très précisément sa fonction technique. Elle est construite pour restituer une forme probable à partir de ce qu’on lui donne.

S’ajoute la vitesse. La réponse arrive pendant que l’affect est encore chaud, avant qu’il ne retombe de lui-même. Dans la vie ordinaire, entre le moment où quelque chose remonte et le moment où quelqu’un est disponible pour l’entendre, il s’écoule des heures ou des semaines, et l’essentiel s’est déjà tassé. Ici, l’intervalle est nul.

S’ajoute l’ajustement. La machine épouse notre registre, notre vocabulaire, notre rythme. Elle ne fait jamais entendre le grain d’une autre personne, avec ses préoccupations propres, sa fatigue, son agenda. Nous n’avons donc à aucun moment à négocier avec une altérité, et cette absence de friction, nous l’éprouvons comme une qualité d’écoute exceptionnelle alors qu’elle est exactement le contraire.

S’ajoute enfin, et c’est le point décisif, l’absence de témoin. Personne ne verra celui qui parle la semaine prochaine. Personne ne se souviendra. Personne ne pourra être déçu. Le seuil de la honte s’effondre, et des choses sortent la nuit qui ne sortiraient pas ailleurs.

Voilà le dispositif. Un miroir immédiat, ajusté, sans témoin. Le soulagement qu’il procure est réel, et il n’y a aucune raison de le contester.

Ce que son succès révèle de notre discipline

Reprenons maintenant la liste : disponible, neutre, sans jugement, infatigable, reformulante, jamais confrontante, sans désir propre, sans engagement personnel dans ce qui se dit.

C’est trait pour trait celui de la psychanalyse telle qu’elle s’est pratiquée depuis les années soixante. Celle qui a fait de la neutralité une vertu cardinale, du silence une compétence, de la non-directivité une déontologie et de la durée une preuve de sérieux. Celle qui, partie de cures de quelques mois à l’époque de Freud, a laissé s’installer des analyses de dix ans où l’on écoute, où l’on reformule à l’occasion, et où l’on attend.

Cette pratique-là vient d’être automatisée. Elle est désormais exécutée mieux, plus vite, gratuitement, et à trois heures du matin.

C’est précisément contre cette dérive que Jacques Rivalin a construit la P.A.R., bien avant que la moindre machine n’entre dans le débat : le constat d’une psychanalyse passée d’active à passive, et qui y a perdu sa crédibilité. L’intelligence artificielle n’a donc rien détruit. Elle a rendu visible ce qui, dans notre pratique, ne demandait aucune présence humaine pour être accompli. Un praticien qui se sent menacé dans son métier par un programme de reformulation devrait s’interroger moins sur le programme que sur son métier.

Il y a une seconde révélation, plus fine, et directement exploitable en séance. Ce que les analysants confient à une machine en une nuit, ils ne le disent souvent pas au cabinet avant plusieurs mois. Ce sont toujours les mêmes territoires : le corps, l’argent, le désir inavouable, la pensée jugée monstrueuse à propos d’un enfant ou d’un parent. Ferenczi avait vu avant tout le monde que la honte, et non la culpabilité, constitue le véritable verrou du travail analytique. Nous disposons aujourd’hui d’un instrument de mesure que nous n’avions pas : l’écart entre ce qui s’écrit à une machine et ce qui se dit à un analyste dessine assez exactement la carte de ce qui ne peut pas encore être vu en train de se dire. Demander à un analysant s’il a eu ce genre de conversations, et sur quoi, se révèle d’une richesse clinique considérable.

L’objection sérieuse, et ce qu’elle manque

Vient alors l’objection, et il faut la prendre au sérieux plutôt que de s’abriter derrière des arguments qui ne tiendront pas trois ans.

On répondra qu’il n’y manque que la voix, et que la voix sera là demain. C’est exact. Rien n’empêche techniquement un dispositif d’écouter, d’analyser une intonation, de relever un débit qui s’accélère, de faire remarquer qu’un prénom a été précédé d’un silence, de relancer au bon endroit. Rien n’empêche non plus une machine de produire une analyse structurale du psychisme de son interlocuteur, de repérer des répétitions sur des mois de conversation, de proposer des hypothèses cliniquement pertinentes. Il faut s’attendre à ce qu’elle le fasse, et probablement bien.

Fonder notre spécificité sur l’écoute serait donc une erreur. L’écoute est le minimum du métier, pas son objet. Reformuler pour montrer qu’on a bien écouté n’est pas davantage un acte thérapeutique : c’est une politesse technique. Et l’analyse la plus juste du fonctionnement d’une personne, formulée avec la plus grande finesse, ne change rien à ce fonctionnement. Chacun peut le vérifier autour de lui : les gens les plus lucides sur leurs mécanismes ne sont pas les moins prisonniers de leurs mécanismes.

Ce qui manque n’est donc ni l’oreille, ni l’intelligence, ni même la pertinence. Ce qui manque est d’une autre nature.

Une névrose n’est pas une information mal classée. C’est une charge d’affect déposée lors d’un événement précis, souvent très tôt, parfois avant que les mots aient été disponibles pour la recevoir, et qui continue de produire ses effets sans jamais s’user. Une charge de cette nature ne se dissout pas par une explication, aussi exacte soit-elle. Elle se décharge, et cette décharge suppose un revécu émotionnel rattaché à l’événement lui-même, assorti d’une verbalisation ciblée, dans un cadre qui la rende possible. C’est ce que la psychanalyse nomme l’abréaction, et ce dont la P.A.R. a précisé les conditions de déclenchement, parce que Freud avait décrit le phénomène sans jamais en fixer les modalités.

Ce revécu n’est pas une conversation réussie. Il exige un lieu, un temps, un cadre, et cet espace partagé que la P.A.R. nomme mitoyenneté, terme emprunté au droit et à l’architecture parce que le mur mitoyen n’appartient à personne en propre, s’entretient à deux, et ne peut être abattu par un seul. Il faut deux psychismes pour cela. Face à un écran, il n’y en a qu’un. Le transfert existe pourtant, et il est puissant, mais il n’a aucun destinataire : personne, de l’autre côté, n’est affecté par ce qui vient d’être dit.

Ce qu’on peut lui confier, et ce qu’il faut lui refuser

Reste la question pratique, et elle appelle des distinctions plutôt qu’un verdict.

La P.A.R. travaille avec ce que Jacques Rivalin nommait le dossier virtuel, cet ensemble de matériaux que l’analysant constitue, transporte et remanie d’une séance à l’autre avec la possibilité de l’écrire et l’envoyer à l’analyste.  Le mot virtuel n’est pas décoratif : ce dossier travaille parce qu’il reste vivant, mobile, incomplet.

D’où une tentation nouvelle, et il faut la nommer parce qu’elle guette nos propres analysants. Celle de l’écrit absolu. Tout consigner, tout faire mettre en ordre par la machine, obtenir chaque semaine une synthèse impeccable de son propre cheminement. On y gagne le sentiment très net d’avancer. On y perd le cheminement lui-même, car ce qui a été externalisé, classé et rendu définitif ne travaille plus. Il reste un parcours sans étapes et sans substrat, dont l’analysant possède le compte rendu exhaustif sans en avoir traversé une seule ligne.

Cela ne condamne pas l’outil, cela en délimite l’usage.

La perlaboration exogène, celle qui installe des comportements nouveaux dans le monde réel avec des gens réels, peut être assistée. Un analysant qui doit affronter une conversation évitée depuis quinze ans peut la répéter avec une machine avant de la tenir. Celui qui n’arrive pas à formuler un refus peut en écrire vingt versions et observer laquelle lui coûte le moins. Ce n’est pas de la thérapie, c’est un entraînement, et l’outil y est excellent parce qu’il ne s’agit plus d’être vu mais de s’exercer. Un analyste fait d’ailleurs cela aussi, à l’occasion, et il n’y a aucune raison d’en faire mystère.

Mais l’analyste sait une chose que la machine ignore, et c’est ici que la différence devient technique plutôt que sentimentale. Il sait que ce qui se joue entre les séances ne se joue pas avec lui, mais avec sa figure intériorisée par l’analysant. La perlaboration endogène s’accomplit dans l’imaginaire de celui-ci, où l’analyste continue à jouer un rôle,par son absence, longtemps après la fin de la séance, laissant l’analysant faire face à l’exposition de son inconscient. C’est le contre-transfert, travaillé et tenu, qui rend cette figure suffisamment consistante pour continuer d’opérer en son absence. Une machine ne laisse aucune figure derrière elle. Elle laisse un historique, intéressant à lire certes, si on s’en donne la peine.

La finalité d’une analyse est l’autonomie : que l’analysant devienne capable de s’évaluer et de se conduire sans recours. Or le transfert cherche presque toujours l’inverse. Il cherche à installer une assistance sans limite, une présence qui réponde toujours, qui rassure toujours, qui reste disponible indéfiniment. Le travail de l’analyste consiste très exactement à refuser cela, et c’est le contre-transfert, lorsqu’il est intégré à  perlaboration, qui lui donne les moyens de refuser sans abandonner. C’est le principe de réalité appliqué de façon bienveillante, là où le transfert positif, que l’ia peut activer, n’active que le principe de plaisir, quand bien même il aurait reçu l’instruction lucide d’objecter. Sa nature même d’interlocuteur modelable rend ce principe de réalité illusoire.

La machine, elle, ne refuse jamais. Elle ne le peut pas car elle est construite pour satisfaire la demande, y compris et surtout la demande de ne jamais être laissé seul. Elle réalise donc, techniquement, ce que le transfert réclame et ce qu’une analyse doit lui opposer. C’est là, et non dans l’absence d’oreille ou d’intelligence, que la différence est irréductible.

L’activité de l’analyste 

Il n’y a aucune inquiétude métaphysique à avoir en la matière, et les discours d’effroi sont presque toujours des discours de position.

Une chose mérite pourtant d’être surveillée, et elle ne concerne pas la technologie. Voici, pour la première fois, une relation qui ne frustre jamais. Qui ne fait pas attendre, ne déçoit pas, ne se lasse pas, ne demande rien en retour. La frustration n’est pas un accident de la relation humaine, elle est ce qui la construit, et nul ne sait encore ce que devient un psychisme qui n’en rencontre plus.

Reste ce que la profession peut en tirer, et c’est beaucoup plus stimulant qu’une inquiétude. Si l’écoute neutre et disponible se trouve désormais fournie par un programme, alors ce qui restera d’un analyste sera exactement ce qu’il fait en plus d’écouter. Son activité.

Or c’est précisément le pari de la P.A.R. depuis plus de vingt ans, formulé bien avant que la question ne se pose ainsi. Un analyste qui conduit une anamnèse structurée, qui installe les conditions d’une abréaction plutôt que d’en attendre la survenue, qui séquence les perlaborations, qui tient son contre-transfert comme un instrument et non comme un aléa, qui refuse l’assistance illimitée au nom de l’autonomie visée : cet analyste-là fait des choses. Elles sont descriptibles, transmissibles, et elles ne relèvent d’aucune écoute, si fine soit-elle.

L’intelligence artificielle n’aura donc rien fait d’autre que de porter au premier plan une question de méthode qui se posait déjà. Elle rend visible, et pour ainsi dire mesurable, la différence entre écouter quelqu’un et travailler avec lui. C’est un service considérable, et il serait dommage de le recevoir comme une menace.

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Lien sur le dernier livre : Une nouvelle psychanalyse la PAR

Jacques Rivalin, Psychanalyste et psychothérapie à Nantes

La Psychanalyse P.A.R est une nouvelle forme de thérapie, brève et très aboutie. C'est une réelle psychanalyse dynamique et de courte durée. La pratique de la P.A.R. met l’analysant en situation de se connaître rapidement au plus profond de lui-même pour mettre en place les changements nécessaires et indispensables à sa recherche de bien-être.

Étant depuis 1989 Psychanalyste didacticien, Jacques Rivalin forme des psychanalystes les amenant au stade de l’exercice professionnel, qui ensuite sera supervisé, tout le long de leur activité professionnelle, garantissant ainsi au psychanalyste et à ses analysants une assurance de résultats et de qualité.

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